Entre les deux extrêmes

Une vie parmi des milliards

Alors

La ferions-nous cette tarte aux pommes

Comme au bon vieux temps

Je te sentais pas vraiment partante

Tu n’avais pas vraiment l’élan

L’envie

Marion

Tu me disais que ça coûtait cher

Quoi déjà

Faire cuire une tarte aux pommes

Que ça coûtait cher

Qu’Il n’y aurait pas de tarte aux pommes

Ni de bon vieux temps

Alors

Je repartais sur la route avec ma pâte brisée

Et mes pommes rouges sur les joues

Pas de tarte aux pommes

Ni de bon vieux temps

Alors

Ferait-il seulement beau demain

Déjà Gaga annonçait la sortie des escargots

Ah quel sale temps Madame La Pluie pour les tartes aux pommes

Hein Bobby

Quand toi

Marion

Tu t’insurgeais

Regarde Marcel

Les communistes ont déroulé leurs banderoles sur les grilles du jardin des Plantes

Non au fascisme

Vive l’internationale

Et déjà

Un peu plus loin

Je voyais

Des graffitis tracés sur les murs des églises

Hier les Juifs

Hier Les camarades

Montrés du doigt

Et aujourd’hui

Qui serait pointé du pied

Qui

Qui serait le bouc émissaire

De notre malaise

L’étranger indésirable

Et qui

Qui serait le complice du pire

Le bon apôtre au service de l’ordre et de la sécurité

France

Travail

Famille

Patrie

L’humain

L’humain qui avait oublié ses origines nomades

Et qui proclamait comme un coq tout fier sur son tas de foin

Nos frontières grâce à moi sont bien gardées

La loi est la loi

Et la loi c’est moi au fond de cette impasse

Alors

Qui

Qui s’indignerait

De tous ces morts en mer

De tous ces refoulés aux pays des guerres

De tous ces enfants de passage

Alors

Qui

Qui ferait l’Autruche

Qui jouerait en défense

Qui jouerait en attaque

Qui

Alors

Pouvions-nous encore lire de la poésie de Palestine aujourd’hui

Demain

Marion

Arrêterait les boucs émissaires

Et tous

Tous les résistants

Ses lutins les tortureraient

Les déporteraient

Les fusilleraient sur le Mont-Valérien

Les gazeraient dans les camps de l’horreur

Et puis

Et puis

Alors

Rien qu’un silence de rigueur

Pendant qu’un chanteur insouciant déclamerait

Y’a de la joie

Y’a de la joie

Les joues gonflées de l’apparence du bonheur

Alors

Qui

Qui était capable d’ignorer le malheur

Hein

Belle Marion

Pour sa propre promotion

Ou

Par peur de finir comme eux

Comme ces boucs émissaires du désordre généré par ceux qui le décriaient

Qui serait à la tête d’une Europe flamboyante

Etaient-ce ces visages hideux

Haineux

Que tu voulais me montrer

Aujourd’hui

Ou la tarte aux pommes qui coûtait trop cher à tes yeux

De nos vies intimes à l’histoire terrible d’une cuisine

Allions-nous

Renoncer aux extrêmes

Allions-nous la faire cette tarte aux pommes

Bon sang

Allions-nous goûter à la fraternité

Le long des rivières

Allions-nous être

Mes ami.es

Aujourd’hui vraiment ami.es

Aujourd’hui

Vraiment uni.es

J’observais

De sombres spectres rôdaient dans la ville

J’observais

De sombres spectres rôdaient dans la ville

En cette fin du mois d’avril

Et déjà le premier mai

Un brin de muguet pour ton cœur

En mai fais ce qu’il te plaît

Tu me disais

Qui serait à la tête du cortège pour la paix et la justice

Qui

Je marchais

J’observais toujours

Encore et encore

Des révoltés cagoulés tout de noir vêtus

Taguaient les enseignes des commerces et des banques estimés complices des guerres et du profit

En éclataient en mille morceaux leurs carreaux

Cassaient le mobilier urbain

Justifiant ainsi l’arrivée des légionnaires de l’ordre et de la sécurité

Ces révoltés cagoulés déroulaient le tapis rouge à leur cible

Les deux pôles se rejoignaient ainsi

A gauche et à droite

J’étais pris en sandwich entre ces deux extrêmes

Marcher pour la paix

Avait-il encore un sens

Quand la tête du cortège estimait bon s’exprimer par la violence

Un premier mai dans les fumées piquantes d’un nouveau fascisme latent

Le banquet paysan et ses longues tablées au miroir d’eau

Était bien impuissant

Un triste avenir se dessinait dans le chaos présent d’une eau trouble et tremblante

Alors

La ferions-nous cette tarte aux pommes comme au bon vieux temps

Irions-nous goûter aux années folles d’antan

Irions-nous nous perdre fous d’amour

Dans un décor de cinéma

Dans ces ruelles colorées

De Trentemoult

Irions-nous nous enivrer de je t’aime

Brodés à même nos peaux

Sur les tambours de soi

A tous les étages d’une maison d’utopies magnifiques

Silence

Allions-nous effeuiller à l’autre bout

Dans cette librairie la marguerite

Nous enlacer sous les coucous imprévisibles

Hors du temps

Échanger nos mots de baisers

Alors

Était-il déjà trop tard

Entre ces deux extrêmes

Étais-je déjà fiché à tes yeux

Bohême de la liberté

Sous les coups de la torture

J’écrivais partout ton nom

Pour ne pas te perdre

Alors

Je suivais tes traces

Alors

Je m’éblouissais de ta face

Alors

J’écrivais

A Nantes

La résistante

Pour toutes ces portes

Qui s’ouvraient

Un peu de poésie

Toute la grandeur de la vie

Si fragile

Alors

Alors

La ferions-nous cette tarte aux pommes

Comme au bon vieux temps

Thierry Rousse
Nantes, vendredi 4 mai 2024
"Une vie parmi des milliards"

Le rien qui vient

Une vie parmi des milliards

Ca vient ça vient qu’est-ce qui vient ?

Rien ne vient

Regarde le rien qui ne vient

Il arrive doucement le rien

Le rien au bout de ta langue il arrive doucement ce rien

Et tu le regardes là suspendu au bout de ta langue

Il a envie de te dire qu’il est là juste qu’il est là ce petit rien

Juste accroché au bout de ta langue ce petit rien

Et qu’il existe suspendu fragile

Qu’il se balance ce petit rien de ta vie

Qu’il aimerait prendre de l’amplitude ce petit rien

Sortir de sa solitude ce petit rien peut-être te surprendre là

Accroché au bout de ta langue

Qu’il aimerait apprendre à parler prononcer des sons

Des sons qui deviendraient des mots

Ce petit rien

Qu’il aimerait bien que tu lui apprennes à parler

Comment ça naît les mots

Comment ça sort les mots

D’une bouche du rien

D’une bouche sur la langue

Thierry Rousse
La Ferrière (Vendée), samedi 27 avril 2024
"Une vie parmi des milliards"
Texte écrit dans le cadre de l'atelier d'écriture animé par Kanawa

Au premier rang

Une vie parmi des milliards

Ecole élémentaire Armand Cassagne

Tu étais assis au premier rang

Tu ne sais plus si c’est toi ou la maîtresse

Qui avait choisi cette place pour toi

Le premier rang

La maîtresse, tu crois

Oui c’est la maîtresse qui choisissait vos places

Ta place était au premier rang

A cette époque vous portiez une blouse grise

A cette époque vous écriviez avec une plume

A cette époque vous disposiez d’un pot d’encre et d’un buvard

Un buvard au cas où vous feriez des tâches

Des tâches sur les pages de vos cahiers à carreaux

Mais tu étais un enfant sage

Et tu t’efforçais à ne pas faire de tâches

Et tu t’efforçais à bien travailler

A être surtout sage comme une image

A ta place au premier rang

Tu te tenais à carreaux

Et là tu avais de bonnes notes

Et là tu étais l’un des premiers de la classe

Et la maîtresse te félicitait

Et la maîtresse te prenait pour exemple

Quand elle remettait les devoirs à toute la classe

Tu étais l’élève parfait

Dix sur dix

Ou neuf sur dix

Tu voulais toujours faire plaisir

Faire plaisir à ta maîtresse

Faire plaisir à ta maman

Tu savais qu’avoir de bonnes notes leur ferait plaisir

Qu’elles t’aimeraient si tu avais de bonnes notes

Ces bonnes notes compensaient

Tes complexes d’infériorité

Tu étais en effet le plus petit enfant de la classe

« Enfant chétif, immature, inhibé »

Ces mots tu les découvrirais bien plus tard

Ecrits sur ton carnet de santé scolaire

Mais très vite ta place de premier attirait la jalousie

Tu étais considéré comme le « chouchou de la maîtresse »

On se moquait de toi

Et tu me sentais bien seul dans la cour de la récréation

Différent des autres

Tu voulais jouer aux billes pour te faire des camarades

Les parties se finissaient hélas toujours en bagarre

Ta consolation tu l’avais trouvée auprès de cette petite chinoise

Arrivée depuis peu en France

Elle t’aimait et tu l’aimais

Vous étiez tous les deux amoureux

Hélas un jour elle a disparu

Et tu ne l’as jamais revue

Ta bien-aimée ta petite chinoise

Et tu as eu beaucoup de chagrin

Et tu as décidé de faire des tâches

Et tu as cessé de bien travailler en classe

Afin d’avoir de mauvaises notes

Et d’être accepté par les autres enfin

C’est ainsi que tu t’es retrouvé

A plusieurs reprises puni

Tout au fond de la classe

Le bonnet d’âne sur la tête

Tu savais que tu décevais ma maîtresse

Et ta maman aussi

Tu savais que tu les rendais toutes les deux tristes et en colère

Mais c’était le prix que tu devais payer

Pour être aimé de mes camarades

Tu obtenais un jour la protection de Carlos

Carlos était espagnol

C’était le plus bagarreur de tous les garçons

Celui qui était toujours puni

C’était le plus fort aussi

Il était couvert la plupart du temps de bleus et d’égratignures

Tu étais fier de devenir son camarade

Tu savais maintenant que tu pouvais être protégé à tout moment par ses gros muscles

Il te suffisait d’aller le chercher ou tout simplement de prononcer son prénom

« J’appelle Carlos si vous vous moquez de moi »

Carlos arrivait et leur cassait la figure

Carlos t’invitait aussi le mercredi et certains samedis

Dans la maison de ses parents

Une petite maison très vétuste avec une petite cour

Longeant la large avenue bruyante de votre ville provinciale

Son papa sa maman et son frère étaient tous petits

Son frère c’était l’intellectuel de la famille

Son papa était un courageux ouvrier

Qui se levait tôt le matin et rentrait tard le soir

Sa maman préparait les repas faisait le ménage les courses

Et bien d’autres choses encore

Tu te sentais accueilli aimé dans cette famille

Une famille étrangère peu fortunée rejetée dénigrée

La misère devenait à tes yeux le synonyme de la générosité

Et leur taudis était le plus beau des palais

Et tu ne te sentais plus vraiment différent mais semblable

Dans la famille de Carlos

Quand vint le passage dans le monde des grands . . .

J’avais peur je pleurais

Je voulais rester à l’école élémentaire

Chose impossible

Je devais passer au collège pour grandir

Ne plus être un enfant

Au collège Jacques Amyot

Tout comme à l’école Armand Cassagne

J’étais le plus petit le plus chétif des adolescents

Et comme à l’école Armand Cassagne

Je me retrouvais au premier rang

Et comme à l’école Armand Cassagne

Je m’efforçais à bien travailler

Pour être aimé de mes professeurs et de mes parents

Et là c’était bien plus compliqué

Il fallait préparer des exposés

Et chanter devant toute la classe

Et chanter

Et je devenais tout rouge

Rouge comme une pivoine

Et j’avais honte de devenir une pivoine

Et j’avais honte d’avoir honte d’être une pivoine

Et je me réfugiais dans la solitude

De cette cour de récréation

Là j’oscillais entre les bonnes notes à l’écrit

Et les zéros à l’oral

Là il y avait Nathalie

Nathalie je l’aimais

Et quand elle me regardait

J’étais une pivoine

Et je n’ai jamais réussi à lui dire que je l’aimais

Nathalie

Au bout du collège

Il y avait le lycée Michelet où je devais aller

Et là encore une fois de plus j’avais la trouille

Et je m’arrangeais pour redoubler ma quatrième

Avoir de mauvaises notes

Et devenir le mauvais élève qu’on punissait d’heures de colle

Et je réussissais ma mission

Et j’étais fier d’être au fond de la classe

Ou sous le bureau du professeur de mathématiques

Fier que la professeure de travaux manuels

Me pique le bout du doigt parce que je ne l’écoutais pas

Je rêvais d’être reconnu par les rebelles du collège

Les poètes

Ceux qui jouaient de la musique

Ceux qui fumaient

Ceux qui écoutaient les Beatles les Rolling Stones et les Sex Pistols

Et je voulais tant faire partie de leur bande

Et je ne resterais qu’à leur frontière derrière cette ligne

Au lycée l’histoire se répétait

Et sur mes carnets scolaires il était écrit

« Capable du meilleur comme du pire »

Au lycée j’aimais Caroline

Et là aussi mes échecs sentimentaux se répétaient

Et là aussi toute la cour de récréation

N’était pour moi qu’un vaste champ de solitude

Un champ de bitume où je lançais mon sac U.S. couverts de graffiti

Parmi lesquels j’avais dessiné le symbole « Peace and love »

Une trouée de verdure et de lumière

Mon corps échouait par terre où il pouvait

Au fond de ses larmes

Et mon âme lisait « La Nausée » de Jean-Paul Sartre

Je rêvais de quitter le lycée

D’être déjà à l’université

D’être un étudiant grand et plus âgé

Je pensais qu’en vieillissant

Je serais plus heureux

Qu’enfin j’aurais atteint l’âge mûr

L’âge d’être aimé

En attendant je continuais à encaisser les moqueries

Dans les douches du gymnase ou sur le bord du bassin de la piscine

« Crevette »

Je n’étais qu’une crevette dans l’océan de leurs rires

Heureusement il y avait ce professeur d’histoire

Passionné par ce qu’il nous enseignait

Heureusement il y avait ce professeur d’économie et de sociologie

Qui nous faisait cours sur la pelouse aux beaux jours

Et nous invitait parfois chez lui autour de pizzas

A analyser tous les journaux et à refaire le monde

Heureusement il y avait ce professeur de philosophie

Qui m’ouvrait les portes de la pensée

Heureusement il y avait la poésie

Et ces filles de quatrième qui admiraient mes mots

Quand j’atteignais enfin la terminale

Heureusement il y a eu cette professeure de littérature

Qui un jour nous a emmenés au Théâtre de l’Odéon

Voir « L’illusion comique » de Corneille

Heureusement il y a eu Corneille et l’illusion

Et je me suis mis à écrire

A jouer et à mettre en scène ma vie

Heureusement il y a eu le théâtre

Et le théâtre m’a vraiment sauvé

Enfin

L’université

De cette dame je retiens nos révoltes

Nos marches pour la justice

La liberté, l’autogestion

Cette capacité à prendre en mains nos vies

Et à apprendre les uns des autres

Je retiens tout ce que les arts et la philosophie m’ont appris sur la vie

Je retiens que rien n’est gagné

Que tout reste à conquérir

Après avoir quitté cette dame trop compliquée

A acquérir dans ces unités de valeur mathématiques

Je retiens cette question un jour d’un directeur de théâtre

Au sein duquel je désirais accomplir mon service civil d’objecteur de conscience

« – Etes-vous inscrit dans un conservatoire ou une grande école d’art dramatique ?

– Non, monsieur. « 

L’homme me montrait la sortie là d’où je venais une simple rue une voie sans issue

Je compris que la vie avait tout à m’apprendre du théâtre

Je la regardais

Assis ce soir

Comme un enfant

Au premier rang

Thierry Rousse
Nantes, dimanche 26 mars 2023

Texte écrit dans le cadre du Projet L.I.B.R.E. ( Laboratoire Intergénérationnel des Bâtisseurs et Rêveurs de l’École ) mené par Jana Klein et Stéphane Schoukroun en partenariat avec Le Lieu Unique à La Libre Usine, Nantes.

Janvier – Mai 2023

"De janvier à mai 2023, nous avons travaillé à la Libre Usine (lieu de fabrique du Lieu Unique) avec un groupe de Nantais.e.s de tout âge à une performance qui a croisé théâtre, vidéo et installation plastique. 

– Comment apprendre à apprendre ?
– Est-ce qu’on apprend mieux seul.e ou à plusieurs ?
Comment et pourquoi on décroche ?
– Est-ce vraiment la faute à Voltaire ?

La performance a été présentée en mai 2023 à la LIBRE Usine et nous y avons mis en commun et en chantier un lieu où l’on apprendrait à cultiver son jardin." Cie (S)-Vrai

A vous les Mômes de Bergson

Une vie parmi des milliards

Vivre et parler de ton métier

Ce n’est pas ce qui te faisait grimper

Au-dessus du seuil de pauvreté

Et pourtant

C’était bien une noble mission

De tout temps

Espérer qu’enfant serait leur vocation

Qu’ils seraient toujours libres, créatifs

Qu’ils joueraient entre eux et jardineraient

Que partout en ville ils s’exprimeraient

Plutôt que de se prendre les récifs

Pour eux t’avais écrit ce poème

Pour leur dire à chaque instant : je vous aime

J’aimerais vous dire

Vous les mômes de Bergson

J’étais heureux de vous rencontrer

Vous les mômes de Bergson

Et même si c’était le chahut

Et même si vous aviez un mal fou à vous écouter

Un mal fou à respecter les consignes que je vous donnais

Vous aviez au fond de vous cette envie de jouer

L’irrésistible envie de tenir le premier rôle

Vous les mômes de Bergson

Rien qu’un petit jeu

Et vous vouliez le refaire à l’infini

Avec cette envie de donner toujours plus

Et même si ça partait en glissades

En cascades, en ce qui n’était pas prévu

Et même si j’avais un mal fou à arriver jusqu’au bout avec vous

Et même si vous aviez un mal fou à vous concentrer sur vos rôles

Vous les mômes de Bergson

A vous faire entendre quand c’était le moment

A vous souvenir de vos déplacements, de vos gestes, de vos regards, de vos répliques

La magie a opéré le jour J

Et même toi, Owen

Toi le plus agité de tous

Ton animatrice m’a dit que tu ne viendrais pas

Que tu avais la trouille

Pourtant, le jour J

Tu es venu juste avant que ça commence

Et tu m’as dit : « Je veux jouer »

Vous étiez les meilleurs, les plus beaux

Tout était parfait

Chaque déplacement, chaque geste, chaque regard, chaque réplique

Et vous êtes allés jusqu’au bout

Et j’avais les larmes aux yeux

Et le public a applaudi

Et fièrement vous avez salué

Merci les mômes de Bergson

Je reviendrai vous voir

Je traverserai la Petite Amazonie jusqu’à vos rires et vos envies

Jusqu’à vous

Les mômes de Bergson !

Thierry Rousse
"Une vie parmi des milliards"
Nantes, 26 avril 2024 (introduction au poème), poème écrit à Nantes, Malakoff , 2023, au cours des ateliers d'écriture animés par Tom-Tom, texte publié dans le recueil collectif "Poésie sans chaînes" – Cultures du Coeur Pays de La Loire – Les Budgets Participatifs Ville de Nantes – Ambitions Jeunesse – La Libre Usine du Lieu Unique, lieu de création artistique

De quoi je me souviens

Une vie parmi des milliards

De quoi je me souviens au fond ?

Avais-je envie de me souvenir par cette belle journée ensoleillée ?

Me souvenir des rires ou des larmes ?

Oublier les larmes pour les rires ?

Oublier les mots qui ne sont pas beaux

Oublier « rachitique », ce mot que j’avais découvert, enfant, écrit sur mon carnet de santé

Oublier ce qui me rendait différent des autres

Oublier « crevette », ce mot dont certains copains m’habillaient en riant

Oublier la différence qui m’enfermait dans mes silences

Oublier ce coin de la cour où je me réfugiais

Seul dans mes pensées

En lisant « La Nausée »

Oublier la timidité qui m’empêchait de m’exprimer

Oublier mes perpétuelles réponses

Tête baissée

A la professeure de musique

« Je n’ai pas appris ma chanson »

Simplement pour ne pas me retrouver seul au tableau devant la classe

Oublier tous ces « zéros » que j’additionnais aux épreuves orales

Paralysé par la honte d’être regardé de tous

Me souvenir des mots que j’écrivais à l’abri sur mon journal intime

Des mots qui m’accompagnaient dans ma chambre

Quand j’entendais derrière la porte les cris de mes parents se déchirer

Me souvenir de ce qui me faisait vivre

De ce qui me reliait à la Bien-Aimée de mes rêves

A la Muse de mes poèmes

Me souvenir du théâtre qui m’a sauvé

Me souvenir de toi qui m’as souri

Toi qui m’as aimé un beau matin

Me souvenir de ton amour auquel j’ai cru

Et oublier ce maudit soir où tu m’as dit :

« Désolé si je t’ai fait croire à autre chose, mais je ne t’aime que comme un frère »

Oublier les pleurs du frère en moi espérant être le prince d’une princesse

Me souvenir de mon départ

Un 31 décembre 2013

Tout quitter pour commencer une nouvelle vie

Un soleil naissant sur l’océan compatissant

M’accueillait de son regard

Me souvenir de ces arbres à nuages sur l’île de Versailles

Pourquoi l’île de Versailles ?

J’étais bien arrivé à Nantes

Sur une île au Japon

Enjambant le pont de mes souvenirs

C’est là

Bondissant d’un rocher à l’autre

Dans un instant d’oubli

Que toute ma vie, dès lors, s’écrivait

Peut-être plus belle

Peut-être plus heureuse

Qu’en savais-je ?

Rien

Sinon que j’étais la tête remplie de vide

Perchée à la cime d’un arbre lointain

Sur le bord

D’un fleuve

Du Gange

Je posais un pied devant l’autre pour avancer

Comme on pose un mot devant l’autre

Sentir les mots comme des parfums d’Orient

Croire au temps éternel

Croire à l’Amazonie au coin de ma rue

Et me souvenir d’avoir oublié pour exister

D’avoir oublié pour exister

Une tendre journée ensoleillée

Entre café et Petits Lus

D’avoir bu ma vie

D’avoir lu ma vie

Comme des mots arc-en-ciel

Un mélange de larmes et de rire

Thierry Rousse
"Une vie parmi des milliards"
Nantes, Malakoff, 2023, Texte écrit au cours des ateliers d'écriture animés par Tom-Tom, texte publié dans le recueil collectif "Poésie sans chaînes" – Cultures du Coeur Pays de La Loire – Les Budgets Participatifs Ville de Nantes – Ambitions Jeunesse – La Libre Usine du Lieu Unique, lieu de création artistique

Douze rêves de Play Mobile

Une vie parmi des milliards

1

Un

Tu étais assis

Au milieu d’un cube blanc

Seul au milieu d’un cube blanc

Play Mobile

Un

Cube

L’absolue solitude apparente

Là où rien ne pouvait divertir ton regard

Qu’un vide blanc

Là où rien ne semblait t’attendre

Play Mobile

Que d’être assis là dans un vide blanc

Play Mobile

Sur une île

Un

Sous une Lune absente

Une

Indifférente

2

Deux

Deux yeux perdus inoffensifs

Quand

Dans un instant inattendu

Tes oreilles entendirent

Le crissement

D’un ruban adhésif qu’on arrachait

Sur tes murs

Play Mobile

Un à un tes quatre murs blancs s’ouvraient lentement

Une main doucement s’approchait de tes cils

Et te prenait délicatement la main

Deux

Histoires de mains

3

Trois

Guidé par la douce main de cette inconnue

Tu parcourais le premier mur à découvert

Play Mobile

Des images découpées que tu devais recomposer

Trouver la partie manquante

L’autre moitié

La passerelle qui te mènerait de l’une à l’autre

Ce jeu t’amusait

Play Mobile

4

Quatre mains

Sur un piano transparent

Curieusement

Ton premier habitat était le monde

Un monde inhospitalier

Là où toute vie ne semblait pas désirée

Hostilité des paysages

Traits graves des visages

Comme la froideur d’un vent d’avril

Perçant le ciel de tes pas fragiles

Riant de tes fausses notes

Pouvais-tu vivre ici

Play Mobile

Habiter pleinement la profondeur des océans

L’infini espace d’un ciel sans frontières

Gravir les cimes des plus hautes montagnes

Suivre les bonnes pistes dans le désert

Et pourtant

5

Cinq

Cinq doigts

En émoi

Transis

Et pourtant

La vie était là aussi

Play Mobile

Qui t’attendait

Dans l’étonnement d’un regard

La traversée d’un oiseau migrateur

Le surgissement d’un poisson-clown

Le monde était beau

Et tu découvrais enfin sa douce chaleur

Presque trop tard

Presque trop

Presque

6

Six

Scie ta branche

Sans doute le roi

N’avait aucune envie que tu la vois

Sans doute le roi

Te préférait

Enfermé

Les yeux clos

Entre les quatre murs de ton cube blanc

A ne rien voir des beautés de la vivante

A ne rien sentir

A ne rien entendre

Que les tremblements du monde

Quand la vivante au fond

Était

Bras ouverts

Ton premier habitat

7

Sept

Sète

Port de Brassens

De cette première rencontre

La douce main t’accompagnait dans un jardin

Là où tout poussait parfaitement dans une intelligence collective

Là où tu n’avais de tes longues journées

Qu’à prendre soin de ses plus infimes graines

Là où tu n’avais de tes longues journées

Qu’à récolter l’abondance de ses naissances

Là où tu n’avais de tes longues journées

Qu’à te délecter des fruits des abeilles

De cette rencontre inouïe

La douce main t’accompagnait à ton éveil

Play Mobile

Tu apprenais à cuisiner avec elle

Dans une Cocotte Solidaire

Tu donnais à ton corps

La saine nourriture

Qui élevait sa chair jusqu’au ciel

8

Play Mobile

Ton cube blanc avait pris des couleurs

L’absolue solitude apparente

Là où rien ne pouvait divertir ton regard

Qu’un vide blanc

Là où rien ne semblait t’attendre

Play Mobile

Tu riais à présent aux éclaboussures du temps

Et les salades

Et les poireaux

Et les choux

Dansaient

Maintenant

Sur un fil

9

Neuf

Comme tout neuf

Play Mobile

Par la douce main

A toi

Qui s’était offerte

Ouverte au printemps

Comme une fleur sacrée

Play Mobile

Avec elle

Tu te faufilais entre les interminables fumées d’usines

A la quête de l’essentiel

10

Dix avait cessé d’être un collectif factice

Deux mains sur une colline maintenant enlacées dans la vie

N’étaient pas prêtes à se séparer

Play Mobile

Le jeu quittait les écrans

Pour embrasser les vivantes

11

Onze

On se bougeait à Nantes

On aplanissait les tours

A chaque détour

De la Perle à Wattignies

Du Live Bar à Marguerite

De nouveaux mondes fleurissaient

Des habitats humanistes

Occupaient de rêves les espaces publics

Et pas que

Tout bonnement leur donnaient vie

Affranchis des hautes têtes

Qui croyaient tout savoir

Affranchis des hautes têtes

Qui pensaient détenir les pouvoirs

Affranchis des hautes têtes

Qui pensaient récupérer nos semences

Affranchis des hautes têtes

Qui pensaient cultiver l’art hors du sol

Notre zone à défendre était toute une planète

Notre zone à défendre était tout notre cœur

12

Douze rêves de Play Mobile avec elle

A gratter du bout des doigts une guitare

A chanter à deux voix

A bouger nos cordes

Et nos corps

A marcher

Dans l’espace infini

A nager

Dans un cube blanc déployé

A dessiner à deux mains nos lignes

Play Mobile

Tu rêvais à quatorze ans de monter un groupe de musique

Tu t’enivrais des Beatles, des Rolling Stones, des Pink Floyd, de Bob Dylan, de Téléphone et des Doors

Tu écrivais des chansons seul dans ta chambre pour ne plus entendre les cris

Tu t’évadais dans des allées de maisons

Imaginais le bonheur à l’intérieur

Tu dansais sur les murs de tes rêves

Des mots aujourd’hui disparus

Play Mobile

Tu t’enfoncais dans la forêt obscure

Tu rêvais d’être grand

Pour parler aux oiseaux

Ton toit était invisible

Pour inviter chez toi

Tout l’univers

Play Mobile

Riz

Paille

On

Avait presque tout

Pour être heureux

Presque tout pour nous envoler jusqu’aux cieux

Et ne plus jamais être vieux

Play Mobile

Toi l’enfant

Au coeur fragile

Tu étais assis

Au milieu d’un cube blanc

Seul au milieu d’un cube blanc

Dans l’hôpital des pas de l’espérance

Play

Mobile

Thierry Rousse
Nantes, mardi 22 avril 2024
D'après « L'habitat interactif », création artistique de Thierry Rousse

Les petits riens du vide

Une vie parmi des milliards

Samedi vingt avril deux mille vingt quatre

Départ de Nantes

Un train

Bondé

Un air de

Vacances

De ciel bleu

Direction

Le sud

La

Belle Vie

L’échappée belle

Souvenirs d’un autre Marcel

Marcel Pagnol

« Le château de ma mère »

Une voix féminine

Douce et sensuelle

Te souhaitait un agréable voyage

Dans ce train bondé

Elle nous rappelait

Toi et moi

Que nous étions

Tous responsables

Que nous devions

Étiqueter nos bagages

Ton sac à dos ne portait en effet pas de nom

Elle l’avait vu

Elle voyait tout

Ton sac à dos revendiquait sa liberté de voyageur insoumis

Un sac à dos objecteur de conscience

Qui contenait :

Essentiellement des livres

Toujours deux ou trois pour alterner les plaisirs

Des cahiers

Des stylos

Des mouchoirs

Un chargeur de téléphone

La précieuse sacoche avec toutes les cartes d’identité, d’assurance, de réduction nécessaires

Sans oublier

L’indispensable carte bleue

Et ton téléphone chinois

Ton téléphone chinois était devenu ton compagnon de route inséparable

Entre une paire de chaussettes

Et unetrousse de toilette

Avec un déodorant

Une brosse à dents

Deux gants

Un savon de Marseille

Un peigne pour tes derniers cheveux rebelles

Une crème de karité pour ton éternelle jeunesse

Et un dentifrice bio

Tout ça à l’intérieur

Tous responsables en train

Tu étais responsable de

Ta voisine

T’assurer qu’elle irait bien à destination

Savais-tu

Seulement au-moins où elle allait

Ta

Voisine

Et

Toi

Qui était responsable de

Toi

Marcel

Dans ce train bondé

Qui savait où

Tu

Allais

Qui s’en souciait à

Dire vrai

Depuis longtemps on ne se parlait plus dans les

Trains

Depuis la disparition des wagons à compartiments

Depuis

Nous avions les yeux rivés

Sur nos écrans

Ou plus rarement sur la page d’un livre

Interrogation

Qui regardait encore les paysages

Ces déserts entre deux villes

Qui laissait son regard

Suspendu

Se perdre

Dans le rituel des vaches sacrées

Tes copines les vaches

Broutant le temps

Entre le dehors

Et le dedans

Quelles histoires secrètes se racontaient dans ces trains bondés

Quelles sensations défilaient

Quels regards se croisaient

Se parlaient

Se souriaient

S’unissaient

S’embrassaient

Contrôle des billets

Contrôle des billets

Tu étais soudainement

Marcel

Extirpé de

Tes rêveries

Comme un petit poisson pris à l’hameçon d’une enjoleuse cajoleuse contrôleuse

Contrôle des billets

Contrôle des billets

Ton billet

Depuis longtemps

N’était plus qu’un petit ticket

Ou qu’un QR code sur l’écran de ton martphone

Tu lui tendais ton billet doux

Comme une déclaration

Avec ta carte de réduction

Elle te souriait par compassion

Tu étais en règle

L’exemple même du passager modèle

Discret

Qui lisait et écrivait

Sur son siège

Dans le train bondé

Tes yeux saluaient au passage

Tes copines d’Irlande

Ou d’Ecosse

Ou de Normandie

Tu finissais par ne plus savoir dans ce monde qui était qui

Dimanche vingt et un avril deux mille vingt quatre

Retour à Nantes

Train bondé

Retour de

Vacances

Des valises sur les sièges posées

Ligne blanche franchie

Nantes pour toi

Un ciel tout gris

Pour d’autres Paris

La course était loin d’être finie

Effervescence d’une ville qui faisait son marathon

Quelle était l’utilité d’un marathon

Courir pour quoi

Pour un point de côté

Pour la gloire à l’arrivée

Pour un sentiment d’exister

D’être différent

Au-dessus de la mêlée

Ou tout simplement comme les autres

Comme les autres

Courir

Courir pour rien

Pour le plaisir d’être arrivé ensemble

D’avoir joui

D’avoir souffert

Pour une médaille autour du cou

L’avoir fait jusqu’au bout

Le marathon des Grecs

Renouer avec la civilisation ancienne

Quand toi

Quand toi

Tu prenais du monde

Ta retraite

Sous ta couette

Tu

Prolongeais

Ta lecture de Kerouac

Dans le train de ta vie

Tu prenais tes cliques et tes claques

Reposais

Ton

Corps

Dans la lenteur d’un temps étiré

C’était l’heure de ta sieste sous ce vieil olivier

Tu lisais “L’océan est mon frère” (1) sur une plage de Saint-Nazaire

« Un homme doit-il être hors du temps et patient, ou doit-il être un pion du temps ?

Quel profit pourrait espérer un homme qui plante des racines profondes dans une société qui est à tous égards insensée et changeante ? (…) Changer de vie lui donnerait peut-être la bonne perspective ? »

Changer de vie

Pouvais-tu seulement changer de vie tout seul

Et

Étais-tu

Vraiment tout seul

Étais-tu vraiment tout seul

Dans ta tête

Dans tes mains

Dans ton cœur

Étais-tu

Étais-tu vraiment tout seul au monde

Coupé du monde

Ou relié au monde

A quel monde

A quels mondes

Au singulier

Au pluriel

Étais-tu

Connecté

A toutes les vaches sacrées du Népal

Au passé

Au présent

Aux fragments d’une fête

A l’avenir des Apaches

A tous les temps mélangés

Confondus et sages

Tu posais ta raison sur l’oreiller

Un instant soulagé

Par les petits riens du vide

Sans vouloir vraiment y rester

Les vides étaient inconfortables sans parachute

Tu n’étais pas à l’abri d’une mauvaise chute

Tu te rappelais qu’il y avait des jeux mongols

Dans la cour du château de ta Duchesse

Tu bravais les vents vifs des steppes

Sous les champs bleus d’un ciel livide

Tu tentais ta chance

Le tir à l’osselet

L’arc ou la lutte

Etaient les loisirs des chasseurs

Les guerres formaient donc l’homme

Séduisaient la femme

Muscles d’acier d’une puissance invicible

La yourte t’attendrait bien

Pour une nuit méritée

Tu finirais par la poésie

Un marathon de mots

Souvenirs des exilé.es

Qui avaient dû fuir leur terre

Madame

Vous êtes arrivée

Mes bras sont nés

Pour vous

Rien que pour vous

Je suis responsable

Descendez

Je vous attends

Madame

Sur le quai

Au bout

Tout au bout

Vit une fleur sacrée

Thierry Rousse
Nantes, lundi 22 avril 2024
(1) Jack Kerouac, « L'océan est mon frère »

Douze rêves de maison

Une vie parmi des milliards

1

Dans l’habitat de mes rêves

Il y a un Play Mobil

Solitaire

Immobile

Des murs tout blancs

Imparfaits

Qui laissent traverser la lumière

2

Dans l’habitat de mes rêves

Le Play Mobil occupe ses journées

A reconstituer les images et les mots

Les nuages de pensées qui le traversent

3

Dans l’habitat de mes rêves

Pénètre l’éclat d’une lune ou d’un soleiL

4

Dans l’habitat de mes rêves

Peu à peu

Les murs s’ouvrent

Et se racontent

Le jour et la nuit

5

Dans l’habitat de mes rêves

Le silence est habité

De toutes ces images dans ma tête

6

Dans l’habitat de mes rêves

Il y a

Une grande fenêtre ouverte sur le monde

L’envie de déployer mes ailes

Ce que je peux découvrir

Apprendre

Partager

Au milieu du désert

Au fond des océans

Ou

A la cime des montagnes

La vie existe

Même là

Où tu la crois absente

Indifférente

7

Dans l’habitat de mes rêves

Il y a les fleurs du soleil pour les abeilles

Et pour mes yeux aussi

Il y a des légumes

Il y a des fruits

Que nous cultiverons ensemble

8

Dans l’habitat de mes rêves

Il y a une jolie cuisine

Où nous aimerons cuisiner

Les récoltes du jardin

9

Dans l’habitat de mes rêves

Il y a plein d’ami.es

Nous aimerons jouer ensemble de la musique, chanter, écrire, nous promener

Nous délasser, nous rencontrer, nous parler, nous écouter

Créer nos plus folles idées

10

Dans l’habitat de mes rêves

Le beau toit triangle

En tuiles de Provence

Est invisible

Juste pour contempler les étoiles

Et les toucher du bout des doigts

11

Dans l’habitat de mes rêves

Il y a l’humanisme

Un coeur à coeur

Qui t’attend et te sourit

12

Dans l’habitat de mes rêves

Il y a l’autre que j’ai envie de rencontrer

Et

Peut-être aussi une face ignorée de moi-même

Un corps

Une maison pour une âme

Où respire mon coeur

Thierry Rousse
Nantes, dimanche 21 avril 2024
"Une vie parmi des milliards"

Apaches de l’histoire populaire

Une vie parmi des milliards

Parce qu’il n’y avait aucune histoire

De réalités avec un grand H

Parce qu’il n’y avait aucune histoire

Parce qu’il y avait toujours partout

Un shérif comme un vautour un peu fou

Qui voulait exterminer les apaches

Parce que l’histoire au singulier

N’était qu’un regard particulier

Parce qu’il y avait autant d’histoires

Que de paroles que de visions

Parce qu’il y avait autant d’histoires

Que d’ambitions que d’opinions

Parce qu’il y avait autant d’histoires

De journaux de contes que de grimoires

Parce nous pouvions aussi écrire

Des chapitres plutôt que les subir

Des faits maudits qu’on nous servait au soir

Plutôt écrire de belles histoires

Plutôt inventer nos propres miroirs

Qui regonfleraient notre coeur d’espoir

Plutôt nous approprier notre histoire

Être apache de notre territoire

Qu’être l’objet de vos ambitions

Et le sujet de vos opinions

Parce qu’il n’y avait aucune histoire

De réalités avec un grand H

Parce qu’il n’y avait aucune histoire

Parce qu’il y avait toujours partout

Un shérif comme un vautour un peu fou

Qui voulait nous couper de nos attaches

Cette histoire tu l’écris au présent

Quand je parle ici avec tous ces gens

C’est l’histoire populaire qu’les rois

Ont voulu taire pour demeurer rois

Aujourd’hui nous la chantons si fort

Que s’écroulent tous leurs beaux châteaux morts

Parce qu’il n’y avait aucune histoire

De réalités avec un grand H

Parce qu’il n’y avait aucune histoire

Parce qu’il y avait toujours partout

Un crayon comme un oiseau un peu fou

Qui voulait ressusciter les apaches

Que celui qui veut nous conquérir

Court ! Notre vie est histoire de rire

Parce qu’il n’y avait aucune histoire

De réalités avec un grand H

Parce qu’il n’y avait aucune histoire

Nous en étions toujours les apaches

Thierry Rousse
Nantes, vendredi 19 avril 2024
Texte écrit à la suite du Café L'Huma, rencontre avec Alain Croix, écrivain, auteur de « Une Histoire populaire de Nantes », Le Lieu Unique, Nantes , 19 avril 2024

Temps entre deux

Une vie parmi des milliards

Ciel bleu soleil vent pluie chaleur

Grisaille froid bourrasque pâleur

Les dessins animés de ta journée

Nous pouvions avoir tout ça mixé

Temps entre deux ce genre bipolaire

Temps entre deux ne savais plus quoi faire

Hiver ou été comment te vêtir

Tu ne savais plus à quoi t’en tenir

Quoi ? Ce que tu ferais aujourd’hui

Bronzette sur l’île ou lecture au lit ?

Ciel bleu soleil vent pluie chaleur

Grisaille froid bourrasque pâleur

Les dessins animés de ta journée

Nous pouvions avoir tout ça créé

Temps entre deux ce genre bipolaire

Temps entre deux vraiment quelle galère

Tu trimballais partout ton sac à dos

Plein à craquer les degrés au plus haut

Parce qu’une heure après, ça pouvait être

Vent d’hiver et ton pull over à mettre

Dingue il te manquait plus que le verglas

Qui avait déréglé le thermostat

Qui, toi au nord, toi au sud, toi à l’est

Non le coupable c’est toi à l’ouest

Au centre à l’abri on s’mouille pas

J’vais pas réparer c’foutu thermostat

Ce dragon serpentant dans l’océan

Crachant son sel brûlant dans les courants

Ciel bleu soleil vent pluie chaleur

Grisaille froid bourrasque pâleur

Les dessins animés de ta journée

Nous pouvions revoir tout ça brûler

Temps entre deux ce genre bipolaire

Temps entre deux tu voulais changer d’air

Malins nous inventions les dieux

Et des vents, et de la terre, et des mers

Pour nous laver les mains et les yeux

De nos guerres et nos égos amers

C’était plus facile de nous en prendre

A l’autre qu’à nous-mêmes, pas nous rendre

A l’évidence : poursuivre ainsi

N’avait plus de sens pour notre survie

Ciel bleu soleil vent pluie chaleur

Grisaille froid bourrasque pâleur

Les dessins animés de ta journée

Nous pouvions vouloir tout ça jeter

Temps entre deux ce genre bipolaire

Temps entre deux terminer cette affaire

Désirons l’éternité,  NO soucis

Cessons d’éventrer l’ventre de la vie

Sur les scènes de Nantes au Québec

Nous ouvrirons, et haut, et fort, nos becs

Cessons de consommer sans fin la terre

Slamons au naturel à découvert

Ciel bleu soleil vent pluie chaleur

Grisaille froid bourrasque pâleur

Les dessins animés de ta journée

Nous pouvions avoir tout ça réglé .

Thierry Rousse
Nantes, jeudi 19 avril 2024
"Une vie parmi des milliards"