L’entre soi de douceurs

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Entre et sois ici chez toi camarade

Jette un œil au comptoir de notre rade

T’inquiète il n’y a ni faucille ni marteau

Juste un bol de soupe qui tient chaud

Ici c’est notre jolie maison nomade

Dans ton dos on n’te passera que d’la pommade

On n’aime pas vraiment les racontars

Nous les vieux zincs les vieux routards

Ici c’est l’auberge pour tous les pieds

Qui veulent déposer leurs sacs chargés

Leurs fardeaux et leurs tas de mots

Ici c’est l’hôtel où tout l’monde est beau

Où tout l’monde chante ses joies ses tristesses

Ses colères ses rêves ses ivresses

Et tant tant d’autres choses encore

Tous ces fragiles passages de la vie à la mort

Allez chante encore

Montre-moi tes accords

Ici on a – attends je reprends mon souffle- définivement cessé de compter nos pieds sur nos doigts

Ici dans l’instant d’un souffle attendu on fonctionne juste avec l’émoi de moi à toi de toi à moi

Ici jamais tu ne seras jugé.e

Ici toujours tu seras aimé.e

Au masculin au féminin

Tout ça ne fait plus qu’un

Ici tu pourras être toi-même

Dans l’éphèmère ton plus grand poème

Ici ta parole sera écoutée précieusement

Même le temps suspendra son déferlement

Ici ces quelques planches c’est comme un carré vert

Comme un hammam de nuages dans le désert

Ici c’est juste un entre soi de paille

Où l’on refait le monde vaille que vaille

En croisant toutes nos différences

En nous plongeant dans tous nos silences

Ici il n’y a ni premier ni deuxième

Que des yeux qui s’aiment

Ici ni une somme de notes

Ni une tonne de menottes

Respire ce que tu as envie de dire

Souffle le ruisseau tranquille jusqu’à tes délires

Ici ni d’excellence

Ni d’exubérance

Que celle de ton cœur

Qui déborde de bonheur

Ici c’est l’entre soi de nos vies

Où l’on sourit où l’on rit

Ici c’est un rêve que l’on vit les yeux ouverts

Les yeux dans les yeux autour d’un ou deux vers

Allez prends donc le micro

Il te portera si haut

A la cime d’un magnolia

Ou peut-être bien d’un sequoia

Crois en moi

Si tu ne crois pas en toi

Sors tes rimes joue avec tes balles et ton violoncelle

Tes cordes vocales sont mon plus beau ciel

Tu seras mon cerisier du Japon

Avec toi je verrai des mots si profonds

Et allons camarade trinquer à l’amitié

Pour toutes ces ballades semées

On a vu toi et moi tant de vies s’exprimer

Face au bruit des gens qui ont osé s’affirmer

J’existe et je dis

Je fais et je suis

Ici les doutes on a connu

Et même à trois on y a cru

On n’a rien lâché

On a tout espéré

Que les mots d’amour lancés sur cette terre

Puissent faire cesser un jour toutes les guerres

Ici de nouveaux visages ont vu nos messages briller dans la nuit

Ici leurs pieds ont poussé un soir la porte de leur peur et d’leur ennui

Ici les pieds ont osé dire à leur bouche des mots sans pieds

Ici des anges en toute liberté dans leurs phrases sont nés

Ton enfant même de ce qui l’enfermait

S’est libéré de ses murets

Et cet instant était vivant de grâce

Et ta cabane est devenue un palace

Allez chauffe Marcel

Allez chauffe Marcel

Allez encore un p’tit mot doux pour trinquer

Pioche donc dans le chapeau du cow-boy un papier

Et monte donc indien sur la plus petite scène du monde

Pour refaire en grandeur nature et de plumes le monde

Dans un entre soi de douceurs

Caresse mes oreilles de chaleur

Riz paille on

Allumons ensemble le son

Et laissons les bonnes ondes

Refaire en nous le monde

De l’Asie au Népal jusqu’en Irlande

Goûtons au goût sauvage de toutes les landes

Entre et sois ici chez toi camarade

Jette un œil au comptoir de notre rade

Regarde le soleil comme il se lève

A l’est comme à l’ouest ce n’est plus un rêve

Thierry Rousse
Nantes, mercredi 20 mars 2024
"Une vie parmi des milliards"

Luttes joyeuses

une vie parmi des milliards

Pour quel étendard tu marchais

Rouge jaune vert bleu noir rose

Pour quelle chanson t’avançais

Celle qui te répétait ose

« On lâche rien »

« Ici c’est chez moi »

« Antisocial »

« O Bella ciao « 

Avancer

Reculer

D’un camion à l’autre

Avec qui marcher

Visions-nous les mêmes buts

Les mêmes salaires

Vibrions-nous des mêmes valeurs

Étions-nous au fond si liés

Sur un même pied d’égalité

Les supérieurs les inférieurs mélangés pas mélangés

Où sont passés les camarades

Écoutions-nous les mêmes airs

Qui d’entre nous avait glissé dans l’urne

Le p’tit papier de son Napoléon

Qui l’ignorait aujourd’hui

Il y avait toujours les yeux

Qui regardaient le cortège

Comme une parade festive

Comme un carnaval

La grande animation du jour

Il y avait toujours les pieds attirés ou désœuvrés

Qui prenaient la caravane en marche

Il y avait toujours les cœurs qui en avaient marre

De cette grande mascarade politique

Il y avait les oreilles curieuses

Qui changeaient de camion

Qui changeaient de musique

Il y avait le corps affranchi

Qui dansait dansait encore

Il y avait des sourires

Il y avait des conversations

Des mots dans les bulles d’eau

Il y avait ce constat

Quelle était cette femme fardée

Qui voulait te gouverner

Il y avait cette envie de bifurquer

Suivre la voix bleue et rose d’Hk

“‘Ne soyons pas sans résistance

Les instruments de leur démence” (1)

Il y avait toujours le flot des marcheurs indifférents

Ceux qui te disaient

Marcher pour tes idées ne sert à rien

De toute manière tu seras manipulé.e

Il y avait toujours les langues qui répétaient

Je ne vais plus aux manifs

Les manifs finissent toujours en castagnes et en canifs

Il y avait toujours

Il était une fois

Maître Napoléon

Qui déclarait à son balcon

Grâce aux indécis

Aux frileux

Aux casseurs

De la fenêtre de mon palace

J’ai triomphé

Il y avait toujours des voeux pieux

“On parle d’égalité, on parle de parité”

Regarde la cour de ton travail

Qui va au jardin

Semer les graines de demain

Il y avait l’arrivée du défilé

Des gyrophares bleus

Nous attendaient

Canalisaient le flux de nos voix

Contenaient le peuple sage de la rue

Les légionnaires attendaient dépités

Au pied des remparts

Pas de bagarre pas de prime ce mardi

Et mon divertissement

Et mon feu d’artifices

S’écriait Anne

Plus de budget économie Chère Duchesse

Midi c’est l’heure d’aller manger

Dispersion

Dispersion

Notre marche s’arrêtait là

Devant les barrières des légionnaires

Le parc du bétail était bien gardé

La loi serait votée

Démocratiquement

Pardon

Je voulais dire

Comme d’habitude

File-moi

Le 49 3

A trois on est des rois

Toi et moi

Rien de neuf

Chez les complices

Napoléon et Brille-Babil

Mise en quarantaine des bêtes libres

Il n’y aurait pas d’augmentation des revenus

Nous étions là à regarder ces légionnaires

Fiers d’avoir fait barrage à notre front populaire

Mission accomplie avec brio

Les chiens de Napoléon étaient dociles

Les moutons retourneraient à leurs pâtures

Toujours un peu moins de paille fraîche chaque année

Les bons toutous recevraient leur susucre et leur caresse

Tu étais là à observer cette défaite amère avec cette dame de soixante treize ans

Vive d’esprit

Qui constatait avec désolation le faible nombre d’âmes mobilisées

Serre un cran de plus à ta ceinture

Et faufile-toi dans les fissures

Il y avait le soleil maintenant

Après ces mois de pluie

Un soleil soudain bien trop chaud

Montagnes russes

D’un radiateur complètement déréglé

Il y avait la énième tentative de la convergence des luttes

Lancée par Culture en luttes

Dans un agora improvisé ou presque

Il y avait les jeunes demoiselles anglaises jolies et insouciantes dans le tramway

Qui allaient étudier Rimbaud Hugo Baudelaire et Zola

Sur les bancs de l’université française

Et les cerisiers étaient toujours en fleurs

Et les cerisiers emportaient nos rêves ailleurs

Thierry Rousse
Nantes, Mardi 19 mars 2024
"Une vie parmi des milliards"
(1) HK « Danser encore »

Sakura, les cerisiers du Japon

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Les cerisiers du Japon étaient en fleurs

Quelle heureuse surprise de les découvrir

Presque partout

Le long des rues de Nantes

Ces cerisiers du Japon qui enchantaient mon coeur pas après pas

Pourquoi me fascinaient-ils autant

Était-ce la beauté de leurs pétales ouvrant leur trésor caché à mes regards

Fleurs du Japon

Sakura

Annonçant le printemps

Annonçant tous les poèmes que nous irions accrocher aux branches de leur coeur

Sakura

Peut-être parce que le ciel était décidément gris

Sakura

Peut-être parce qu’il pleuvait depuis cinq mois

Sakura

Peut-être parce Nantes la rebelle était envahie

Depuis quelques années de toutes ces grues glignotantes

De toutes ces tours qui s’élevaient en désordre

Voyage fatal vers le futur

Sakura

Peut-être parce que le béton grignotait les derniers espaces en friche

Les dernières voies ferrées

Les dernières usines définitivement fermées

Les dernières places de liberté

Sakura

Peut-être parce qu’il y avait toutes ces guerres interminables

Sakura

Peut-être parce qu’il y avait tous ces décrets de plus en plus répressifs

Sakura

Peut-être parce qu’il y avait de moins en moins d’espoir

Sakura

Peut-être parce qu’il n’y avait plus qu’un trou à ta ceinture

Sakura

Il restait les cerisiers du Japon

Dans ce chantier de vingtième et unième siècle

Dans cette coulée de béton et de verre

Dernier siècle des humains

Sakura

Peut-être parce que Nantes n’avait plus rien d’un Berlin

Sakura

Peut-être parce que Nantes enterrait son eau et se prenait pour Tokyo

Sakura

Peut-être parce qu’il nous resterait la désolation d’un urbanisme démesuré

Englouti dans le débordement des fleuves et des mers

Sakura

Peut-être parce qu’aucun bloc de béton et de verre ne pouvait contenir

Sakura

Peut-être parce que régnait sans rival le dérèglement général des guerres et des intérêts stratégiques

Sakura

Peut-être parce que l’homme meutri n’avait pas de limite dans sa vengeance

Sakura

Peut-être parce que le plafond bas du ciel etait gris de béton, de grues et de tours écrasées

Sakura

Peut-être parce que seules ses fleurs roses pouvaient nous ramener à l’envie

Sakura

La dernière espérance

Avant le verdict final

Sakura

Ras de marée

Extinction d’une humanité exténuée

Sakura

Bob

Tu chantais à l’instant

Au fond de ce café où j’écrivais mes pensées

Un rayon de soleil traversait mon coeur 

« Everything’s Gonna Be Alright »

Au Shake Point de Jane et Lucie

Les deux jeunes patronnes

Au joli corps tatoué

La guerre ne passerait pas ce samedi

L’amour avait rendez-vous avec les anges

Il était temps de quitter Napoléon

Et de retrouver

Les cerisiers du Japon

L’ultime appel à nous retrouver

Dernier élan de sororité

Derrière la vitre du Sakura Tram

Samouraï d’amour

Surfant le long du château et de ses chats errants

Sakura

Coulée verte des âmes retrouvées

Laisse partir ce vieux bateau de guerre

Laisse entrer ces voiles roses de la paix

Quarante pieds à danser

Quarante pieds à nous aimer

Porte ouverte d’un estuaire

Il était temps

De

Changer d’air

Sakura

Rafales de baisers

Sur les pétales des cerisiers

« Tout va bien se passer » (1)

Sakura sera notre force

La percée de nos rêves

Dans les murs des pouvoirs obsolètes

Sakura sera la force de nos sentiments dans nos têtes

Elan rose

Jolie couleur pour un printemps

Rose

Et renaître

Rose

Et renaître

Thierry Rousse
Nantes, lundi 18 mars 2024
"Une vie parmi des milliards"
(1) Bob Marley, « Everything's Gonna Be Alright »

Ne rien faire au Chat Noir

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Ne rien faire

Difficile de ne rien faire

T’obliger à ne rien faire

Tu sentais toujours en toi le besoin de faire quelque chose

Où que tu sois

Où que tu respires

Remplir ton temps

Un défi

Remplir ton temps

La vie était si courte

Un éclair tu le savais

Tu avais besoin de remplir ta vie

De tous les sens que tu voulais lui donner

Marcel

A ta vie

Remplir ta vie

Marcel

Tu avais toujours plein de choses dans ton sac

Ton sac à dos

Ton sac à bosses

Tu ne manquais de rien

Mieux trop que rien

Tout sauf le vide

Tout sauf le néant

Tu disais

Marcel

Ne pas perdre de temps

Sur le quai à attendre

Mais là

Ce jeudi soir

De dix huit heures à dix neuf heures

Entre deux temps

Sortant d’un atelier de théâtre pour enfants

Tu t’obligeais à ne rien faire

Ne rien faire

Comme c’était long ne rien faire

Un supplice

Dans ta caboche

Une heure à boire une pinte de Moustache

Près d’un arbre enfermé

Avais-tu vu grand

Trop grand

Une heure de ta vie à boire cette pinte de Moustache trop grande

A rien faire

Cette pinte servie par une jolie serveuse tatouée

Qui te tutoyait

Dans ses yeux

Marcel

Tes vingt ans renaissaient

Une heure maintenant de temps perdu

Tu voyais tout ce temps s’effilocher

Une heure dans ta vie répandue

Une tâche qui grossissait à perte de jus

Marcel

Ressaisis-toi donc

Combien d’heures avais-tu mordues dans ta vie

Croquées

Mâchées

Avalées

Le temps d’une autre vie

Que tu voulais rattraper à tout prix

Impossible combat contre toi-même

Temps irrécupérable

Depuis dix ans

Tu t’acharnais

A rattraper ce temps révolu

Toujours un tas de bouquins

De carnets dans ton sac de randonneur

A lire

A noter

Quand ce n’était pas ton ordinateur

Qui bouffait tes heures libres

Souvent d’un travail colossal et vain

Tout un bureau dans un train

Qui aurait pu justifier à présent ton temps à ne rien faire

Ton temps à n’Être

Rien qu’à vivre

Qu’à observer le temps qui passe

Qu’à observer la vie des autres gens

Pour oublier la tienne

La vie des autres gens était tellement passionnante à tes yeux

Marcel

A l’entrée du Chat Noir

Tu rêvais de ta jeunesse

Étudiant

Tu aspirais

A retrouver cette insouciance

Ce désir d’être

De tout refaire

Pouvions-nous tout refaire

Les rides de ton corps te rappelaient à cet impossible retour

L’heure était écoulée

Et le tram t’attendait pour deux heures chez Marguerite

Deux heures de verres de porto et de poésie

A savourer

A oser lire quelques lignes parmi les grands

Les vrais poètes

Te frayer un timide chemin

Quelques lignes de vie sur ta main nue

Les mots perçus des bribes de la rue

En attendant

Ton programme était le suivant

Ne rien faire au Chat Noir

Ne rien faire

Difficile à ne rien faire

A t’obliger à ne rien faire

Ca cogitait dans ta tête

Où était parti le petit chat

Noir de l’espoir

Destination

Aléatoire

Le vide d’une absence

Ne rien faire au Chat Noir

Que l’attendre

Juste le caresser

A son retour

Lui donner à boire

Et à manger

Aimait-il le saucisson pendu

Juste prendre soin du petit chat noir

Qui t’avait accueilli sur sa planète

Juste lui rendre sa planète

Aussi belle qu’il te l’avait offerte

Balayer le ciel

De tes excès

Libérer la mer

De tes filets

Et ne plus rien faire

Qu’aimer au Chat Noir le petit chat noir

Entre dix huit heures et dix neuf heures

Un jeudi soir

Et tout le reste de ton temps

Et tout le reste de ton temps

Commencer par être

Marcel

Par être

Juste

Etre

Thierry Rousse
Nantes, dimanche 17 mars 2024
"Une vie parmi des milliards"

Les murs des mondanités

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

C’était quoi les modalités

Écrire

Et ne recevoir aucune réponse

Téléphoner

Et t’entendre dire

Quand avez-vous envoyé ce mail

Je ne le trouve pas

Si on est intéressé, de toute manière, on vous rappellera

Sans doute ta lettre était passée directement à la corbeille sans même avoir été lue

C’était quoi les modalités

Celle qui t’appellait pour te dire qu’elle était intéressée par ce que tu faisais

Puis qui ne te donnait plus aucun signe de vie

Et se gardait bien de décrocher à tes appels

C’était quoi les modalités

Celle qui était prête à te recevoir mais au chapeau

Au chapeau

Depuis quand le loyer

Le pain

Étaient au chapeau

Chapeau troué du mendiant

C’était quoi les modalités

Ce genre de réplique aussi ingrate

Qui êtes-vous on ne vous connait pas

Et toi de lui donner la réplique

Justement c’est pour cela que je vous appelle

Pour vous rencontrer et faire connaissance

Et elle de se justifier

Le responsable est très occupé

Il ne peut pas recevoir tout le monde

Voici

Maintenant

Tu le savais

Tu étais tout le monde

Marcel

Et tout ça n’avait plus aucun sens

Toute cette société-la

A tes yeux

Tout ce monde fabuleux

Tous ces êtres bien lotis

Qui jouaient les pauvres

Jamais d’argent dans les caisses des riches

Quand le pauvre lui voyait toujours le verre à moitié plein sans se plaindre

C’était bien connu

Marcel

Un riche te dira toujours qu’il n’a jamais d’argent

Pourquoi t’épuiser à proposer tes spectacles

A des personnes au fond qui n’en ont que faire

La personne qui était vraiment intéressée par ce que tu jouais, par ce que tu écrivais

S’adresserait naturellement à toi

Et serais heureuse de t’accueillir

En pensant au public qui se réjouirait

De ce que tu partagerais avec lui

Ça au-moins

Ça avait du sens

Ce n’était pas une parole en l’air

Restait à rencontrer cette personne qui avait entendu parler de tes créations

Qui était-elle

Où logeait-elle

Dans quelle hémisphère

Sur quelle planète

L’autre choix était

De renoncer

Baisser les bras

Abandonner tes rêves

Les sourires des enfants quand tu jouais pour eux

Des personnes bien placées dirigeaient le monde

Et elles te renvoyaient à ta place sur la touche des perdants

Il te restait à mourir lentement de ta toux

Qui n’en finissait pas d’en finir

Victime d’un dérèglement

Climatique

Economique

Politique

Ethique

Tes malles ne seraient plus jamais ouvertes

Tu croupirais en silence invisible

Derrière les murs des mondanités

Un mot aussi dur à dire que ses murs

Combien de talents avaient été ainsi ignorés

Reconnus bien trop tard leurs pieds sous terre

Combien n’entraient pas dans les cases des modalités

Du pedigree de l’entre-soi

Marcel

C’était fini

Et tu pleurais dans ta solitude

Personne ne voyait tes larmes transparentes

Tu étais tout le monde

Marcel

On ne voyait jamais tout le monde

Disparaître

Que les gens connus

La grâce te rappellait vers elle

De ses ailes

Coquillage d’une plage

Une sirène murmurait à ton oreille

Moi, j’ai envie que tu vives

Parce que moi je t’aime

Tu es mon cœur

Tu es mon oeil

Tu es ma main

Tu es mon pied

Tu es le sens de ma vie

De toute ton oeuvre

J’ai envie

Marcel

Et je te dis

Au bout du monde

Allez chauffe

Marcel

Allez chauffe

Marcel

Dans la rue des Olivettes

Il y a bien encore un peu de soleil

Pour la cueillette des amours

Allons-y ma grâce

Y faire un tour

Et nous remplir les yeux

D’un nouveau jour

Les murs ne sont que des façades

Au destin peu glorieux

Seuls derrière les grilles

Les fleurs sont nos amies

Et le jardinier qui prend soin de leur vie

Derrière les chants d’avril

Tenons fidèle

Notre fil

Nos regards vers le ciel

Loin des mots durs

Qui sentent le renfermé

Mondes vanités

Mondanités

Allez chauffe

Marcel

Allez chauffe

Marcel

Mange tes mots

Dans un bar

Vivant

Ils te tiendront chaud

Thierry Rousse
Nantes, vendredi 15 mars 2024
"Une vie parmi des milliards"

Au Café du Matin de Talensac

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Au Café du Matin à Talensac

Fatigué ,Marcel tu poses ton sac

Trois euros vingt , deux tartines beurrées

Et un café, tu bois ta liberté

Souris tu es filmé, la vie est belle

Le beurre est salé, un rien rebelle

Devant toi, tous les fruits de la mer

Derrière toi, la nuit des mères.

Tu veillais sur elles et leurs enfants

Tout juste nés dans le monde des grands.

Veilleur de nuits et veilleur de vies

Marcel, au p’tit matin, tu leur souris

Vois déjà mille talents dans leur sac

Remplir de perles d’or un triste lac.

Au Café du Matin à Talensac

Réjoui, Marcel, tu ouvres ton sac

Carnet et crayon, tu écris la vie

Ordinaire, au marché, elle est sans prix.

Thierry Rousse
Nantes, mardi 14 mars 2024
"Une vie parmi des milliards"
D'après Carnet personnel, souvenir du dimanche 28 janvier 2018

Le piano de la gare de Nantes

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Dans le train gris, je m’étais assoupi

Je ne vis plus rien que ma nuit

J’étais parti bien loin, bien seul

Sur d’autres rails à l’abri d’un tilleul

Quand le choc de l’arrêt me ramenait

A la gare, « Nantes », je vis le quai

Elle aussi de très loin me souriait

Il nous fallait maintenant atterrir

Dans ce monde froid qui nous attendait

Toi et moi cet émoi de nos sourires

« Bonne journée !» , toi, l’inconnue, me dis

Enfilais ton manteau puis partis

Loin sur ce quai , je voyais tes pensées

Vers un autre à pas légers s’en aller

Ma nuit était finie, mon tilleul

Était un magnolia bien seul.

Matin nantais, un piano m’attend

La douceur de sa main et un roman

Et des fleurs blanches, des yeux d’amour

Ma nuit avec toi un si beau jour

Ce piano de la gare de Nantes

Isolé dans son coin chaque matin

Depuis, le train de ma vie, enchante

Ses notes grises, bleues sont notre écrin.

Thierry Rousse
Nantes, mercredi 13 mars 2024
"Une vie parmi des milliards"
D'après Carnet personnel, 23 janvier 2018

Tout quitter

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Tout quitter travail appartement région

Tout quitter tout simplement

Désirer vivre une autre vie

Tout quitter là un trente et un décembre

Partir

Partir la voiture pleine à craquer

Coucher de soleil face à toi

Et maintenant une autre vie

Après avoir roulé toute une journée sous la pluie

Là construire là une nouvelle vie

Ta nouvelle vie

Nouvelle région

Nouvel appartement

Nouveau travail

Lutter pour trouver ce nouveau travail

Ce travail où tu te plaieras

Là rien de gagné

Rien ne se passe comme tu l’avais imaginé

Une offre t’emmène ailleurs

Et tu perds le travail que tu visais

Et tu perds tout au fond

Rien ne se passe comme tu l’avais imaginé

Alors tu dois te battre

Refaire surface

Eplucher les offres une à une

Leur répondre de ta plus belle plume

Sourire parce que sourire c’est important

Ne jamais montrer aux autres que tu es vaincu

Parce que c’est d’un gagnant que les autres veulent

Les autres les recruteurs

Un gagnant

Alors tu enfiles tes gants

Et tu te bats

Pour remonter à la surface

Ne pas dégringoler plus bas

Eponger tes dettes

Gagner le point final

Au dernier set

Franchir la ligne

Juste un peu en-dessous du seuil de pauvreté

Tu seras veilleur de nuit

Et chaque jour ne sera plus comme avant

Tu vivras en décalage

A la marge

Te voici cette fois pauvre

Sous la ligne de flottaison

Tu comptes tes pièces

Rond après rond

Des bulles dans l’eau

Tu te prends pour un poisson

Tu échapperas aux requins

C’est sûr

Petit poisson invisible

Tu vis la nuit

Tu as enfilé les gants de l’ange

Qui rêve des étoiles

Et tu brilles

Un soir par hasard

Sur la scène noire de la Libre Usine

A dire tes mots avec d’autres

Entre les tours et l’Amazonie

Un fleuve charrie tous vos désirs

Tout quitter pour le dernier combat

Juste être toi

Simplement être toi

Tu as tout quitté sauf toi

Ici à cette table tu t’es retrouvé

Ce n’est que le début

Bats-toi

Rien n’est acquis

Pas même la vie

Tout est fragile

Enfile tes gants de plume

Tu as encore un peu de temps

Thierry Rousse
Nantes, mardi 12 mars 2024
"Une vie parmi des milliards"
"Boxe à Malakoff, raconter ses combats", atelier animé par Guillaume Lavenant, La libre Usine du Lieu Unique, Nantes, Lundi 11 mars 2024

Presque une journée parfaite

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Cela aurait pu

Être

Presque une journée parfaite

Ce dimanche enfin gorgé d’un soleil de printemps

Presque une journée parfaite

Cette journée entre amis

A nous régaler d’huîtres

Dans le vignoble du Muscadet

Presque une journée parfaite

Dans cette grande villa provençale

Du vignoble nantais

Piscine et oliviers

Où des chevaux de toute beauté

Dans les prés retournés

Nous invitaient à la plus délicieuse liberté

Cap à l’ouest

Les pieds en éventail

Presque une journée parfaite

Si l’une des langues de ces amis

La langue de Diane

N’avait fourché

Comme une cisaille

A parler d’une absente

A dire ainsi qu’elle devait être bien heureuse sur son île

Que la vie était belle

Qu’elle en profitait bien

Cela aurait pu être presque une parole parfaite

Que du bien dit sur elle

S’il n’y avait sur le bout de ta langue

Diane

Cet air vilain

Tant de mépris

Pour mon amie

Tant d’ignorance

Pour sa maladie invisible

Si tu avais compris

Seulement

Diane

Qu’elle n’avait eu d’autres choix

Que de se retirer sur cette île

Au milieu de l’Océanie

Que rien en France

Ne l’avait vraiment soutenu

Pas même toi

Que la peur de tous ces gens

Se protégeant dans leur bulle de bien-être

La position parfaite d’un yoga déraciné

Cela aurait pu être

Autrement

Presque une journée parfaite

A savourer ce soleil radieux de l’amitié universelle

Presque

S’il n’y avait encore toutes ces guerres de mots déplacés sous les cieux

Cela aurait pu

Être

Presque la paix

Proclamée

La paix

Des lèvres des prophètes qui en brandissaient

Haut dans le ciel l’étendard

Presque un monde possible

A moins qu’il ne fut d’artifices bâti

Presque une journée de sourires

De petits princes et de renards

Si tu ne l’avais brisé

Diane

En mon coeur

Par tes jugements

A la légère

Attirant vers toi tout l’auditoire

A prononcer tes mots de vipère

Contre mon amie absente

Je suis parti

Chercher un autre paradis

Je me suis frayé un chemin entre les fougères

C’était presque une journée parfaite

Et j’ai marché

Tel un Robinson Crusoé

Au bord de la grande marée

Et j’ai trouvé ce village coloré

Bien caché

Et sur ce banc

Entre deux hôpitaux

Je me suis assis

Pour écrire ces mots

Et retrouver le repos

De mon âme

Près d’un renard

Qui m’a souri

Veux-tu être mon ami

Je te préviens

Je suis blessé

Nombre de chasseurs ont voulu me tuer petit prince

Renard

Lui ai-je répondu

Tes blessures sont les miennes

Veux-tu être mon ami

Et tous deux

Sommes repartis

Dans notre tanière

Au milieu de la mer

C’était presque un monde parfait

S’il n’y avait encore

Autour de nos corps

Tous ces tirs

Sans sourire

Et ces derniers soupirs

Criant

Je veux vivre

Le sursaut des étoiles

A cette heure

M’a réveillé

C’était presque une nuit parfaite

Thierry Rousse
Nantes, lundi 11 mars 2024
"Une vie parmi des milliards"

Conte for Kids

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Il était une fois

Un voyage en bus flexible

De la Bretagne à la Capitale

Marcel avait rendez-vous avec Béa

Tout près de la cinémathèque

Au café des spectacles de Bercy

Béa était musicienne

Béa jouait de la guitare et un peu de tout

Béa chantait aussi

Do ré mi fa sol la si

Béa était pile à l’heure ou presque

Des salutations chaleureuses

Portes ouvertes

Paris grand air

Direction la vallée de Chevreuse

Où elle habitait heureuse

Avec son chien et son chat

Une maison de montagnards

Dans la vallée de l’Yvette

Au bout d’un chemin privé

Il était déjà tard

Une nuit étoilée

Et une belle surprise qui attendait Marcel

Ce dimanche soir seize novembre deux mille dix sept

Il était une fois un ami de Béa

Originaire du Venezuela

Qui racontait et chantait des histoires de son pays

Des histoires de là-bas

Où il était né

Des histoires qu’il avait traduites

Avec beaucoup d’humour et de liberté

Des histoires et un peu de sa vie

Qu’il avait réduite

Marcel était venu à Paris pour une prestation

Et Béa l’accueillait gentiment pour trois jours

Deuxième jour

Lundi dix sept novembre deux mille dix sept

RER

Direction École quarante deux

Dix septième arrondissement

Paris

Startup For Kids

« Le meilleur moyen de prévoir le futur, c’est de le créer »

Marcel lisait douze fois tout au long de la journée Cendrillon

Pour des classes d’enfants à l’occasion de l’installation Bakou

L’une des démonstrations du Startup For kids

Bakou était un ingénieux procédé qui permettait au public de voir projetés au plafond

Les jolis dessins du conte tout en écoutant l’histoire

Une agréable manière de s’endormir

La journée se clôturait autour d’un buffet pour la remise des prix de toutes ces inventions présentées

Des Startup au service de l’éducation des enfants

Bakou et Jules aux anges emportaient le trophée Disney

Béa et son amie conteuse Alice venaient de rejoindre Marcel dans la salle principale de l’école quarante deux

Les coupes de champagne et les petits fours de la récréation étaient là

Réception

Digne d’un château

Des contes de fées

Il était une fois Alice grande et forte

Alice était catégorique

Lire Cendrillon de Perrault n’était pas conter

Lire était un véritable blasphème au conte

Marcel était montré du doigt tout près de Perrault

Tous deux se retrouvaient penauds sur l’échafaud

Marcel était pourtant réjoui de voir avec quel enthousiasme Jules avait défendu son invention, son Bakou, le projet de sa vie, offrir du rêve aux enfants, leur permettre d’entrer avec douceur dans le monde de la nuit en choisissant leur histoire

Alice, ne démordait pas, elle était en rage défendant avec force la genèse du conte et son principe d’oralite depuis la nuit des temps

L’art de la parole se transmettant uniquement de génération en génération, en dehors de tout livre, de tout pouvoir qui aurait voulu l’enfermer, le figer

Point final

Alice avait certainement raison dans le fond, cependant Marcel se sentait tellement ravi d’avoir été convié dans cette Capitale pour lire douze fois sans s’arrêter Cendrillon, un honneur, un défi pour lui

Heureux de toutes ces félicitations qu’il avait reçues

Lui qui était à cette époque veilleur de nuit dans un centre d ‘hébergement pour les gens à la rue

A la Roche vendéenne de Napoléon

Marcel aurait voulu pleinement savourer ce bonheur

Sans peine

Cette nuit de gloire

Sans la foudre d’Alice

Pour la déchirer

De désespoirs

Il était une fois Marcel

Marcel n’était donc qu’un simple lecteur

Qu’un simple veilleur de mots

Qu’un

Aucun

Alice l’avait banni de la grande famille des raconteurs d’histoires et s’en était allée crachant majestueusement sur la Startup des Kids

Il était une fois Béa

Béa reconduisait le petit Marcel puni

Au fond de la maison des montagnards

Traversant le champ percé

Des cimes de la Défense

Bakou

Raconte-moi une histoire de silence

Dessine-moi dans le ciel

Pas des building

Mais les fleurs du bonheur qui dansent

Un jour

On ira

A New-York

Toi et moi

Cendrillon

Tu verras

Tu verras

Toi et moi

Un jour

Tu verras

Cendrillon

Que le monde ne tourne pas rond

Et pas même

L’amour

Il était une fois le troisième jour

Un lundi dix huit novembre deux mille dix sept

RER

Direction Bercy

Gare routière et graffiti

Et déjà le retour de Marcel dans le bus flexible

Et plein de sourires d’enfants dans le cœur

Une larme suspendue sur le bord de sa lune

Bakou

Où es-tu

Je me sens si seul dans la nuit

Bakou

Dis-moi

Conte for Kids

Is for me ?

Suis-je un enfant

Perdu dans le temps ?

Thierry Rousse
Nantes, dimanche 10 mars 2023
"Une vie parmi des milliards"