Naissance

Une vie parmi des milliards

Et maintenant

Laisse tes yeux se fermer

Lâche tes contractions

Mets-toi à l’aise

Dans la position

Que tu préfères

Ose celle que t’envies

Au milieu des mers

Comme un cosmonaute ou un astronaute dans l’univers

Il n’est pour toi

Ni à l’ouest ni à l’est

Aucune frontière

Ressens chaque partie de ton corps

Entre les algues les tortues et les poissons

Flotter dans la bouée de ton esprit

Et sois fier.e

Imagine-toi ce bébé dans l’eau

Entre zéro et six mois

A quoi songe-t-il dans le lit de son berceau

Être roi

Être reine

Ou sirène

Rester ou sortir de sa bulle

Dis-lui simplement

T’es vraiment beau

T’es vraiment belle

Même rigolo

Plein de toi fragile

Balbutiant tes mots

P’tit.e

Tu te dévoileras

De tout ton éclat

Aux regards du dehors

Fais confiance à tous ces gens de la terre

Ils t’accueilleront

Te nourriront

Te protègeront

Dans leurs hameaux

Et s’ils t’abandonnent

Sali.e de leurs éclaboussures

Dans les sillons de leurs guerres

Déjà pour d’autres semences

Sois toi-même

Et ce père

Et cette mère

Qui te souhaiteront la bienvenue inconditionnelle

O toi le roi

O toi la reine

O toi la sirène jetée nue dans la pâture des misères

O toi l’enfant exclu

Dis-toi que des fissures du ciel

T’es pas né.e quelque part par hasard

Dans le foudroiement des éclairs

Le monde adulte a besoin

De ton besoin d’amour

Et de ton éternel désir

Afin de s’élever silencieusement

Dans la lumière d’un soupir

Thierry Rousse
Nantes, mercredi 16 octobre 2024
"Une vie parmi des milliards"

Solitudes croisées un dimanche

Une vie parmi des milliards

Toute cette misère

Cette sensation de la misère

Le monde

Toute la misère du monde

Ou presque

Une sensation

Tous ces hommes seuls qui attendent

Tous ces hommes seuls et jeunes qui attendent

Tous ces groupes d’hommes jeunes et seuls qui attendent

Qui attendent

Qui attendent

Qui attendent

Regroupés

Quoi

Toutes ces meutes d’hommes

Jeunes et seuls qui attendent quoi de la rue

Les uns sur des murets

Les autres sur des trottoirs

Les autres sur des bancs de pierre

Les autres le long des parterres

Les autres autour d’un stade déformé

Et les autres vieux tous collés

A la terrasse d’un café P.M.U.

Tous ces hommes seuls jeunes et vieux au téléphone

Qui se parlent

Ou qui se taisent

Qui attendent quoi

Qui attendent qui

D’un pays

Tout un dimanche-là sans bouger

Ou presque

Tout un dimanche-là à leur place

Ou presque

Puis tous ceux qui marchent

Puis tous ceux qui marchent pour aller où

Puis tous ceux qui attendent le tramway

Puis tous ceux qui montent dans le tramway

Puis tous ceux qui sont assis dans le tramway

Puis tous ceux qui descendent du tramway

Puis tous ceux

Puis

Presque tous

Jeunes et vieux hommes seuls

Aux vêtements dépareillés

Déchirés

Decolorés

A l’apparence négligée

Aux odeurs nauséabondes

De tous leurs pores qui abondent

Ou presque

Des corps pas lavés

Des corps délavés

Des coques échouées

Puis tous ceux qui sont défoncés

Ou alcoolisés

Ou défoncés et alcoolisés

Un homme peut faire deux choses tragiques à la fois

Tous ces hommes habiles défoncés et alcoolisés seuls jeunes et vieux à la réalité augmentée

Puis tous ceux qui font la manche

Et cette jeune femme avec son enfant parmi ces hommes

Sur le trottoir à la sortie d’un Carrefour City

Qui te sourit pour une pièce

Et cette jeune femme en jupe d’été qui se rend à la messe

Une couverture en laine bleue sous le bras

Elle l’avait apportée pour ce vieil homme habitué de la rue

Sa maison était une marche

Devant le porche de l’église Saint-Nicolas

Ce vieil homme n’en veut pas de cette couverture-là

Il la fait rire

La jeune femme à la jupe d’été sourit

Et repart

Sa couverture en laine bleue sous le bras

Sur le parvis de l’église Saint-Nicolas

Elle attend de la lune blanche

Que sonnent les cloches

Des anges de l’au-delà

D’un dieu étranger

Toutes ces solitudes croisées un dimanche

Où la seule exposition ouverte de ta ville

Te parle des rites funéraires

Tu n’sais donc pas que la mort ça s’fête

Là où abonde la plus grande des misères

Tout près d’une place Royale

Faut bien se rattacher à quelque espoir

Une autre fontaine plus belle

Un autre monde parallèle

Mais quand parlerons-nous de la vie

Après celle des morts et des chevaliers

De toutes ces solitudes croisées

Quand d’la rue les voix seront déliées

Quand d’ces corps abîmés

Des visages de poète.sses seront nés

D’un bras de fer enlacé de deux coeurs

D’une fleur malade guérie par ses mots

Un dimanche d’automne

Flamboyant

Sous le regard

De la Duchesse Anne

Thierry Rousse
Nantes, mardi 15 octobre 2024
"Une vie parmi des milliards"

Un homme de mousse

Une vie parmi des milliards

Planté là

Les pieds

Dans

L’eau

Ruissellait sur lui

Interminable

Plantés autour

De ces carrés de plantes

Dans le cimetière d’la terre

Derniers souvenirs

Retenir tous les noms

Te souvenir

Ce qui existait

Existait encore

Sauvegarder

Montrer

Apprendre

Mémoriser

Planté là

Regarder

S’en aller les gens

Qu’adviendrait-il de l’être ruisselant

Un homme de bois

Qui s’tient tout droit

Malgré le temps

Ou avec

Se sera-t-il adouci

Purifié

Courbé

On reviendra

Mon enfant

Le voir

Et on verra

Ce que la solitude

Un dimanche

Au jardin des plantes

Aura fait de lui

Un homme de mousse

Une femme fougère

Un roi lichen

Un arbre

Ou une forêt

Un océan d’oiseaux

Marécage des visages

Angélique des marais sauvages

Thierry Rousse
Nantes, lundi 14 octobre 2024
Une vie parmi des milliards”

Le canapé des mots

Une vie parmi des milliards

Le canapé était confortable

J’n’avais pas tout compris

J’m’étais endormi

Tu m’dis

La poésie n’est pas affaire de compréhension

Mais de perception

Alors j’n’ai pas tout perçu d’la poésie

J’lui dis

J’vais boire un verre

Pour y voir plus clair

Crois-tu j’suis l’seul dans ce cas

J’voudrais bien m’accrocher à leurs mots

De quoi ils parlent

Qu’est-ce qu’ils racontent dis-moi

Qu’est-ce qui vibre

Là sur l’clavier de leurs touches

Quelque chose d’urgent qui m’touche

Est-ce qu’ils nous voient

Au-moins

A qui ils parlent

A un micro

Qui porte leurs mots

A qui ils parlent

Au miroir de leur égo

A qui ils parlent

A leur copain Oulipo

Le canapé était confortable

J’n’avais pas tout compris à leurs mots

J’m’étais endormi

La poésie avait ses publics

Ses langages

Ses mondes parallèles peut-être

A quels carrefours pouvait-on se rencontrer

On se croisait

On s’voyait

Est-ce qu’on se parlait

Est-ce qu’on s’écoutait

On s’jugeait

On s’méprisait

On s’ignorait

On s’acceptait

On cherchait

On questionnait

On apprenait

On s’cultivait

On s’élevait

On régressait

On n’avait peut-être rien à dire

P’t’être qu’on voulait rien dire

Ou qu’on ne savait pas comment le dire

Alors on décortiquait le langage

Comme un objet

C’était quasiment purement formel

On s’créait un réel

On recopiait les notices des jeux vidéos

Les conversations virtuelles

Tout devenait des tas d’réels

Des vies de toutes pièces inventées

Fuites d’un monde insensé

Ou pures vacuités

Pures vanités

Des mots distordus

Exercices d’écriture

On s’construisait des cercles fermés

Sur les sièges des universités

On s’congratulait d’éloges

Et puis après

Surgissaient enfin les mots qui te saisissaient

La force d’un souffle

Les mots qui jaillissaient

Comme des vagues d’une source intarissable

Des cascades d’images

Des litanies de sons

Fallait qu’ils sortent tous ces mots allongés sur l’canapé

Fallait qu’ils sortent c’était vital

Des marées de mots d’hirondelles

Là où l’corps avait besoin de s ‘exprimer

Là où ça faisait mal

Quand son élan avait été contraint au silence

Des mots d’Iran ou d’Haïti

Là où le poème était un pain quotidien

La parole était partagée

La parole était libérée

Thierry Rousse
Dimanche 13 octobre 2024
« Une vie parmi des milliards »

Quand ça arrive tout ça

Une vie parmi des milliards

Quand ça arrive tout ça

Les feuilles mortes sur les trottoirs

Quand ça arrive tout ça

Les jours qui raccourcissent

Quand ça arrive tout ça

Les brumes des p’tits matins

Quand ça arrive tout ça

Les pluies diluviennes

Quand ça arrive tout ça

Les bleus du ciel

Quand ça arrive tout ça

Les lampadaires diffusant

La douceur d’un soleil

Quand ça arrive tout ça

Des clairs de lune de tendresse

Quand ça arrive tout ça

Des amis se retrouvant

Sur les terrasses des brasseries

Quand ça arrive tout ça

Des amoureux dormant sur les marches

Quand ça arrive tout ça

En haut des marches

Tu vois déjà Noël

Quand ça arrive tout ça

Tu voudrais qu’ta vie soit belle

Quand ça arrive tout ça

On dit qu’les gens seuls

Se cachent sous des feuilles mortes

Quand ça arrive tout ça

On dit qu’leurs nuits

S’allongent dans l’hiver

Quand ça arrive tout ça

Que leur reste-t-il après le travail

Quand ça arrive tout ça

Les brumes des vendredis soir

Quand ça arrive tout ça

On dit qu’ils ne peuvent plus écrire

Noyés dans des pluies diluviennes

Quand ça arrive tout ça

Des bleus dans leur tristesse

Quand ça arrive tout ça

Des lampadaires diffusant

La douceur d’un soleil

Quand ça arrive tout ça

Des clairs de lune de tendresse

Thierry Rousse
Nantes, samedi 12 octobre 2024
« Une vie parmi des milliards »

Un dernier chapitre

Une vie parmi des milliards

Comment ça s’terminerait toute cette histoire

Dis

Comment ça s’terminerait

C’est qu’il s’en était passé des épisodes

Des envols

Des disputes

Des silences

Des pardons

Des ailleurs

D’autres rencontres

Des retrouvailles

Des voyages

La détermination

Les réussites

L’indépendance

Les déceptions

La solitude

Les amours éphémères

Et puis toujours lui

Qui revenait

Qui s’accrochait à toi

Comme son dernier espoir

Et cette surprise

Qui bousculait ta vie

Celle que tu n’attendais pas

Au matin d’une nuit d’ivresses

Que faire

Que faire de cette vie

Fragile

Balbutiante dans ton corps

La laisser grandir

Atterrir sur la terre

Ou

Ou

Et après

Le dernier chapitre en dévoilerait la fin

Allais-tu le lire Marcel maintenant

Ou

Laisserais-tu passer la nuit

Comme un train de nuit

Comment tout ça finirait

Pour toi

Pour elle

Pour lui

Pour cette p’tite graine du hasard

Qui n’avait rien demandé à la vie

Cette p’tite graine née dans l’océan d’ton corps

Tout ça finirait dans ces pages

Posées sur ta table de chevet

Qui t’attendrait demain

Qui t’attendrait demain

Une nouvelle vie

Ta nouvelle vie

Ton dernier chapitre

Qui l’écrirait

Toi

Elle

Lui

L’auteur de ce roman

Le hasard

La providence

L’humeur d’un instant

Une longue réflexion

La voix de l’intuition

Ton dernier chapitre

Tu venais de le lire Marcel

Natalia avait choisi de laisser naître cette p’tite graine de son corps

Avait rappelé son ami Simon

Et tous trois unis

Commençaient une nouvelle vie

Il est certains livres qui se finissent bien

Certains livres qu’on aimerait écrire

Comme un dernier chapitre

Thierry Rousse
Nantes, vendredi 11 octobre 2024
Une vie parmi des milliards”
Inspiré de
Rien n'est jamais écrit d'avance”
Roman de Daniel Bercheux
Éditions Maïa

Parler d’la mort

Une vie parmi des milliards

Parler d’la mort

C’est p’t-être bien parler d’la vie

Quand as-tu su qu’t’allais mourir

A quel âge tu t’souviens

Qui t’l’a dit

Comment l’as-tu appris

Est-elle innée ou acquise

La conscience de la mort

Qu’est-ce que ça t’a fait de savoir

Qu’t’allais mourir

A l’âge où tu l’as su

Que pouvais-tu en dire

Pouvais-tu au-moins en parler

Pouvais-tu seulement y réfléchir

Non j’pense pas

Peut-être que ça s’est logé

Dans la mémoire d’ton corps

Peut-être t’a-t-il dit alors ton corps

Faut qu’tu vives

Jusqu’à cet instant qu’tu ignores

Cet instant où ton corps sera mort

Faut qu’tu vives le plus heureux possible

Qu’tu prennes soin d’ton corps et d’ton âme

Faut qu’tu aimes

Qu’tu les aimes

Ton corps et ton âme

Et tous les autres corps

Et toutes les autres âmes

Parler d’la mort

C’est p’t-être bien parler d’la vie

Et que fais-tu des corps qui sont morts

Chéris-tu leur âme encore

Avec qui vis-tu

Que connais-tu des origines de la vie

Et de cet infini de l’univers

N’es-tu que poussière d’étoile

Qui se pose sur la terre

Emportée par les ressacs de la mer

Parler d’la mort

C’est p’t-être bien parler d’la vie

Honores-tu les morts chaque jour

Au même titre que les vivants

Vis-tu avec eux

Penses-tu à eux

Comme un dieu éternel

Au-delà des murs des cimetières

Ta pensée fidèle éviterait bien tant de guerres

Parler d’la mort

C’est p’t-être bien parler d’la vie

Combien en as-tu tué d’êtres vivants pour vivre

Combien en as-tu sauvés

A qui t’as donné vraiment la vie

T’es-tu nourri seulement de la vie

Parler d’la mort

C’est p’t’être bien parler d’la vie

Thierry Rousse
Nantes, mercredi 9 octobre 2024
Une vie parmi des milliards”

Midi midi Poésie

Une vie parmi des milliards

C’est l’bleu limpide

D’un ciel d’automne

Qui m’pique les yeux de bonheur

Quand le vent a chassé

Tous ses nuages gris

C’est l’bleu uni

Qui m’rappelle toutes nos promenades

Sur les falaises de Pornic

C’est la fin d’un dimanche

C’est la menace d’une tempête

C’est notre attente avant l’déluge

Derniers instants de poésie

C’est pour nous place du Change

Un marché d’livres qui s’étale

A nous d’sauver ces belles reliques

Avant leur fin tragique du pilori

C’est au bout de tous ces mots

Tout au bout de tous ces mots

Des tréteaux qui s’montent

Quels saltimbanques

Verrons-nous traîner au crépuscule

Peut-être bien un François Villon

Un Rimbaud ou un Verlaine

Ou le spleen d’un Baudelaire

Ou les Misérables d’un Victor Hugo

Ou la santé d’un Grand Corps Malade

Peut-être bien tout ce peuple de la rue

Nantes la révoltée ne manque pas de voix et d’espoirs à c’que je crois

C’est là où je suis

Sur cette planète-ci

A cette heure-ci

Crois-tu qu’la scène est ouverte

C’est Midi Minuit Poésie

Et après minuit

C’est Minuit Midi Poésie

La moitié d’un autre monde

Des quartiers de lune restant sur l’pavé

Toutes ces étoiles argentées

Tombées de leurs nuages de coton

Qui n’auront pu

Sous les sunlights des subventions

S’exprimer

Ce sont quatre garçons

De retour dans l’vent

C’est la jeunesse qui s’enivre

C’est une Guinness qui t’dit

Savoure-moi doucement

Je t’aimerai tendrement

C’est Minuit Midi Poésie

C’est un jeu de fléchettes

Tire dans l’mille de mon coeur

Les mots qui chantent leur envie

Tout au fond d’ce pub irlandais

C’est Midi Midi Poésie

Tout un jour sous la pluie qui s’ennuie

Où le sens se languit

Qu’en feront nos élites

Des fusées vides lancées dans l’univers

Plus

J’n’ai rien à dire

Que toi

J’essaie

Même pas

Poète des trous noirs

La musique sauve tes mots

Gros bisous du chaos

Ce sont tes derniers cris

Pars

Et ne te retourne pas

Les bien aimé.e s sont bien au chaud

Rue de la paix

Et la poésie n’a pas dit son dernier mot

Thierry Rousse
Nantes, mardi 8 octobre 2024
“Une vie parmi des milliards”

Pierrot, Amélie et tous les enfants du monde

Le p'tit grain de sable Pécheur d'histoires Spectacle jeune public Conte et théâtre miniature

Quand est-ce qu’on sort d’cette boîte

Y’en a marre d’être confinés

Je sais

Je sais

Pierrot et Amélie

J’voudrais bien vous sortir de là

Vous emmener un peu partout

J’sais que les enfants vous adorent

Mais

Ça ne dépend pas que d’moi

Moi aussi j’suis triste

Triste de rester ici

J’aimerais encore

Rejouer avec vous

Pierrot et Amélie

Pour l’plaisir des enfants

Et parce qu’on a

Tous les trois

Oui

Tous les trois

Tous les trois des choses à partager encore ensemble

Avec tous les enfants du monde

Mais hélas la vie est ainsi

Plus personne nous appelle

Pour nous faire venir

Plus personne ne répond à nos lettres

Les frontières sont toutes fermées

Plus personne

Qu’un désert

C’est que

Qu’ces gens-là

Qui pourraient nous programmer

Sont sans doute bien débordés

Dans leurs contrées

Sous une avalanche de propositions

C’est que

Qu’ces gens-là

Qui pourraient nous programmer

Sont sans doute limités

Soumis à de fortes restrictions

C’est que

Qu’ces gens-là

Peut-être

Tout simplement

Nous connaissent pas

Alors

Alors

C’est fini

On restera toujours dans notre boîte

Notre p’tite boîte

Comme une tombe

Oubliée au milieu d’un cimetière

Sous des primevères

Des chrysanthèmes

Ou des perce-neige

Peut-être

Peut-être

Je n’sais pas

Pierrot et Amélie

Faut toujours y croire

C’est c’qui nous fait vivre

Toujours

Y croire

C’est

C’qui nous fait vivre

Toujours

Toujours

Y croire

En tout cas

Un jour

J’vous sortirai d’là

C’est promis

Vous serez chez moi

Dans mon appartement

On jouera ensemble comme avant

On nettoiera tout l’océan

De tous ses vilains bouchons en plastique

Et la sirène de ses couplets nous mènera

Tous les trois dans le palais de son roi le dragon

Ce p’tit poisson qu’t’avais sauvé

Qui remontait le courant des rivières

Sa persévérance l’avait couronné

Il t’avait offert ce qu’il avait de meilleur

Ses fruits de mer

Et ce p’tit bateau

Et cette huître géante

Et cette huître géante

Tu t’en souviens Pierrot

Tu l’avais rapportée dans ta bourrine

Pour ta jolie Amélie

T’avais gravi pour elle toutes les dunes

Parcouru pour elle tous les marais

Et tous les prés de jonquilles de coquelicots et de lavande

Et bien des chemins

Et bien des chemins encore du nord au sud

J’m’en souviens

Elle était de plus en plus lourde

Cette huître géante

Enfin j’étais arrivé à notre bourrine

J’me suis caché derrière un rideau rouge

Pour faire une farce à mon Amélie

Oui

J’m’en souviens Pierrot

Elle était si inquiète

Ton Amélie

De pas te voir revenir dans la nuit

Quand au milieu de votre cuisine au matin

Elle est tombée sur cette huître géante

Et là

Elle a tout compris

T’étais de retour

Pierrot

Des grandes marées

Des fonds des océans

Des bourrasques

On en sort bien un jour vivant

On rebondit sur le sable des abysses

Et c’est de nouveau la vie qui nous sourit

Une perle magique confinée dans une huître

Et tu rajeunis

Toi et ta jolie Amélie

Vous retrouvez tous les deux l’île de votre enfance

Elle

T’apprendra à danser

Même si t’as pas le rythme

Tu t’sentiras libre et heureux avec elle

L’huître

Elle

Pendant ce temps-là

Retrouverait

Sa mer

Délivrerait les poissons

S’envolant dans le ciel

Sans elle dans votre bourrine

Vous aviez retrouvé tous les deux votre vieillesse

Et puis

Qu’importe

Vous restait la jeunesse de votre amour

Se balançant dans vos cœurs

O mon Pierrot

Tu es beau comme un paquebot

O mon Amélie

Tu es jolie comme la vie

Tu promettais

A ta belle

De pêcher

Dès lors

Tous les bouchons en plastique

Qui étouffaient les poissons

Et polluaient tout l’océan

Et tous deux

Viviez unis à l’unisson de l’univers

Dans la simplicité de votre tendresse

Dans la simplicité de votre tendresse

Quand est-ce qu’on sort d’cette boîte

Tu t’souviens

La Guinguette ensablée

Et la Soupe aux Cailloux

Et les Gamines

Tu t’souviens

Et la Belle Vie

Et l’Académie Fratellini

Tu t’souviens

Et Nangis

Et Saint-Gilles

De vraies scènes de théâtre

Tu t’souviens

Sous l’chapiteau des Croqueurs de Pavés

Tu t’souviens

J’me souviens

Même le Rêve du Loup nous avait accueillis

J’me souviens

Même le four d’un boulanger à La Clopinière

J’me souviens

On jouait aussi dans la rue

C’est là qu’nous avions débuté

Face à la mer

Face à tous les vents du large

Sur un remblai aux Sables d’Olonne

Alors

Alors

On remets ça

Alors

Alors

On remets ça

Pierrot et Amélie

On remets ça

Hissons tous les trois notre grande voile

Au vent des globes

Quand est-ce qu’on sort d’cette boîte

Dès que le vent soufflera amis

On repartira tous les trois avec Renaud

Pierrot et Amélie

Et tous les enfants du monde

Sur l’port de Trentemoult

Et vaille que vaille

Le cœur un peu fou

Et vaille que vaille

Le dragon des mers nous protégera

Et vaille que vaille

Le dragon des mers nous aimera

Thierry Rousse
Nantes, lundi 7 octobre 2024
« Une vie parmi des milliards »

Jean troué papillon

Une vie parmi des milliards

Y’avait des tapis rouges

Et des paillassons

Y’avait des serviettes

Et des torchons

Et toi t’essuyais les verres

Au fond d’un café

J’connais cet air

Tu m’l’avais chanté

A ta p’tite place du fond

Tout discret

Marcel

Tu t’confondais aux murs marron

T’avais tant d’années à rattraper

Où la douleur t’avait submergé

T’étais plus capable de poser un mot

Ta plume s’était asséchée

L’ancre était trop lourde

Tu n’pouvais que marcher

T’éloigner le long d’un canal

Longer au loin des ruisseaux

Tu rêvais de rivières

Le long d’une usine désaffectée

Tu rêvais un jour de tout quitter

Tu rêvais d’les rencontrer

Sous les lampions d’un bal

C’était lui

C’était elle

Que tu voyais main dans la main

Silhouettes qui s’éloignaient

Sur les bords de la mer

Début d’une romance

Pouvais-tu l’écrire jusqu’à la fin

A quoi pouvais-tu prétendre

Tombé dans tous ces bouquins

Écrire ton premier roman

Les palourdes

Espérer un jour être édité

Par qui

Et à quel prix

Ta chaise était rangée

Au rang des auditeurs

Et au rang des lecteurs

Assidus

T’attendais patiemment ton tour

Avais-tu seulement étudié la littérature

Sur les bancs de l’université

Quels écrivains connaissais-tu

Quels ouvrages

Que pouvais-tu en dire

Quels passages avais-tu retenus

Serais-tu reconnu par tes pairs

Qui un jour feraient entrer ton nom dans leur cercle

Marcel

Qui étaient tes pairs

Quel était ton cercle

Suffisait pas de trouver l’ouverture

De faire bonne figure

Fallait correspondre au style

C’était quoi déjà ton style

Jean troué ou chemise cravate

La cravate

Ça s’faisait encore la cravate

Ou le noeud papillon

Le noeud papillon

Point d’interrogation

Te faire remarquer

Sortir du lot

Jouer le décalage entre deux tendances

Esquisser un pas de danse

Jean troué papillon

Nouveau cercle des salons littéraires

Ciel bleu d’automne

T’allais prendre l’air

Y’avait plus de serviettes

Y’avait plus de torchons

Y’avait plus de tapis rouges

Ni de paillassons

Que des feuilles

Que des feuilles

Tombées du ciel

De toutes les couleurs

Et c’était joli

Et c’était joli

L’automne

Des salons multicolores

T’en voulais encore et encore

Jean troué papillon

Allez chauffe Marcel

Jean troué papillon

Allez chauffe Marcel

Thierry Rousse
Nantes, dimanche 6 octobre 2024
“Une vie parmi des milliards”