Le loup rouge et le petit chaperon noir

Le loup rouge et le petit chaperon noir, belles histoires, belles images, lecture très facile

Dessin un.

Il était une fois le rouge petit chaperon, le chaperon petit rouge, le rouge chaperon petit, le rouge petit chaperon, le petit rouge chaperon, le petit chaperon rouge, car les histoires commencent toujours par « il était une fois », ou, presque, je crois par une maison, car il y a toujours au-moins une maison dans un conte, au-moins une, j’imagine, une belle maison, car on rêve tous d’une belle maison, normande, de préférence, la maison, avec un toit de chaume pour la couvrir et des poutres en bois pour la tenir et soutenir son toit, le toit de la maison qu’il est important de tenir le toit de la maison de son enfance, je suppose.

Je suppose, car cette maison ne peut être vide, impossible! Une maison est toujours remplie dans un coin, car il y a au-moins un enfant dans un coin de cette maison, au-moins un, et peut-être même avec un chat noir entre ses jambes, et s’il y a un enfant au-moins dans cette maison, il y a au-moins une maman, au-moins une, la maman de cet enfant, j’en déduis.

Le papa ? Je ne sais… J’ignore s’il y a un papa dans cette maison, pas plus dans ce coin, ce puits ou ce grenier malgré cette échelle que j’aperçois, car il n’est pas dessiné du tout le papa.

Et, qu’aurait-il dit à sa fille, le papa, s’il avait été dessiné ?

Dessin deux.

Car, cet enfant est une fille, oui, une jolie jeune fille en souliers blancs, avec des collants, une jupe violette rayée, rayée la jupe, un tablier blanc comme les souliers blancs, une poche cousue sur son tablier par sa maman naturellement, une fleur bleue dans sa poche cousue, les bras et les mains nus, une main cachée derrière son dos, une bouche en forme de coeur, un petit nez, des yeux sur le côté, une natte noire, et un capuchon rouge, non, un capucheron rouge, non, un chapucheron rouge, non, un chaperon rouge, oui, le petit chaperon rouge, c’est comme ça qu’on a écrit le nom de cette jolie jeune fille, mais le motif ne le dit pas, c’est seulement indiqué sur la couverture du livre: « Belles histoires, belles images, le petit chaperon rouge, denise chabot, lecture très facile, fernand nathan ».

Cet enfant, on ne peut que l’aimer, cet enfant affublé d’un tel nom.

« Le petit chaperon rouge , ça me dirait bien ce nom , se dit Lucie, c’est pas commun! », mais qu’est-ce qui est commun ?

Dessin trois.

Sa maman lui donne un papier, non, un panier ! Un panier, avec, dedans, une galette et un pot de confiture, parce que, la galette, c’est bon, et que la confiture, c’est bon aussi, et que galette et confiture, ça va bien ensemble, du-moins, je crois, galette et confiture.

La scène se passe devant une cheminée, avec une marmite suspendue au-dessus des bûches et du feu, une chaise vide près de la cheminée et une bougie sur la cheminée, dans son bougeoir, la bougie, forcément. Sans doute, bientôt l’heure de souper, et, pourtant, la maman envoie du doigt en mission son enfant qui ne mangera pas ce soir, c’est évident.

Dessin quatre.

Devant, je vois le petit chaperon rouge quitter sa maman dans la maison en portant son panier le pas léger.

Le pas léger, toute réjouie, il me semble, de quitter sa maison, car, un beau jour, on a toujours envie de quitter sa maison, jeter ses yeux ailleurs, remplir son ventre sans doute ailleurs, je crois, sans doute.

Dessin cinq.

On ne voit déjà plus la maison, qu’une église au lointain, un chemin sinueux, une fleur rouge au bord du chemin sinueux, des flaques d’eau, un pont de bois, un pont de bois au-dessus, au-dessus du temps, je rajoute.

Le petit chaperon rouge franchit le pont comme si elle s’envolait et se retenait à un fil invisible, le panier léger, un oeil vers sa destinée, l’autre, vers son passé, car on pense toujours à ce qu’on pense trouver devant soi, car on pense toujours à ce qu’on pense laisser derrière soi, car on pense toujours en somme, en somme on pense, on pense à la somme des pas qu’on dépense, de ce qu’on, qu’on compense toujours de trop peut-être, de trop peut-être, d’être de trop peut-être, peut, peut un être, je n’en suis pas certain, certain de rien, de rien.

Dessin six.

Après, c’est quatre poussins, j’en compte quatre, trois devant qui chantent, et l’un derrière à la traîne, car il y en a toujours un à la traîne près d’une fleur rose, c’est ainsi la vie.

L’action se déroule dans une forêt avec de grands arbres, car les arbres sont toujours grands dans les forêts qu’on dessine, du moins, je pense.

J’ai oublié la fleur bleue avant, et la flaque d’eau après. On oublie quand on est sur l’instant.

Dessin sept.

Maintenant le panier est posé sur une souche d’arbre, je crois, je ne vois pas bien, un oiseau est à côté qui piaille.

Notre petit chaperon rouge a la tête nue. Elle a ôté son capuchon ou presque. D’une main, elle tient un bouquet, de l’autre, elle tend une fleur, tout ça est joliment coloré bien sûr, et il y a de grands arbres, toujours.

Dessin huit.

Le loup est en face les jambes croisées, la queue velue nonchalante, pantalon rayé bleu, ceinture jaune, pieds et torse nus, poilu, pas les pieds, le torse, court gilet marine, casquette assortie au pantalon rayée bleu, la classe en sorte!

Je continue… Une oreille tendue, dressée, un bout de langue qui sort, une main sur la poche de son gilet, et l’autre, l’autre main recroquevillée qui semble appeler, appeler qui?

Son regard me paraït triste pourtant, un regard de loup battu malgré sa classe de gentleman estival et viril.

Serait-il seul ce loup humain? Un vrai solitaire, le loup? Et sa meute, où est-elle?

Derrière un tronc, le guette une minuscule souris. Au pied du tronc, tout contre, trois champignons, la maman et les deux petits, et le papa? Toujours pas de papa! Un peu plus loin, deux pâquerettes roses au coeur bien noir.

Dessin neuf.

Le loup s’incline, ôte sa casquette tout poli, s’adresse au petit chaperon rouge avec tant de délicatesse.

Le loup me semble si gentil. Que lui demande-t-il ? Que peut-il, à ce croisement, demander au petit chaperon rouge, vraiment ? Sans doute, un service, lui ramasser un champignon ou une pâquerette ?

Je vous accorde cette ligne blanche.

Je reprends avec ma plume noire. Le petit chaperon rouge lève les yeux vers le loup, tenant des deux mains son panier rempli, admirative.

Dessin dix.

Sur le dessin suivant, il n’y a plus qu’un paysage, le lieu de cette rencontre, entre le rouge et le noir, un vide, le vide d’un désir à remplir, on peut tout s’imaginer, tout, ou, presque, avec deux couleurs, une illusion et du bonheur.

Trois oiseaux chantent, un bleu, un jaune, un rouge, un rouge devant le jaune et le bleu.

J’aimerais m’arrêter, m’y promener, ne plus travailler, boire un café, être bûcheron ou forgeron, être un oiseau et chanter, être un enfant et dessiner, être un poète et compter mes pieds jusqu’à l’arrivée, m’échapper de la page discrètement.

Je suis fatigué d’écrire, d’écrire n’importe quoi, ou, presque n’importe quoi, on n’écrit jamais n’importe quoi, jamais, ça, c’est ben vrai.

Dessin onze.

Le loup cogne à la porte d’une maison, la queue redressée, timidement incliné.

Sur la boite aux lettres réside un oiseau, sous la boite aux lettres, deux fleurs, la maman et son enfant, toujours pas de papa, et, au-dessus de la porte jaune, sur un toit, trois autres oiseaux.

Le loup semble avoir chaud. Chaud de quoi ? Peur de quoi ?

Pas de dessin, intermède

Un enfant m’apporte une pâquerette jaune, puis deux pâquerettes blanches, puis deux autres pâquerettes plus grandes.

C’est beau les fleurs, je me dis, c’est beau un enfant qui apporte des fleurs, j’écris, c’est beau, que rajouter à ce geste ?

Dessin douze.

Dans un large lit vert à baldaquin, deux rubans violets noués à chaque extrémité, soigneusement bordée, la tête sur ses deux oreillers blancs, encadrée à ne plus bouger, emmitouflée comme en hiver, les mains le long de son corps avec discipline rangées, sous un drap d’arlequin et un édredon rouge, dort la grand-mère, car il y a toujours une grand-mère dans une histoire, au-moins une, je prétends, une bonne grand-mère du terroir normand, des confitures et des galettes, bonne la grand-mère il va sans dire, avec une charlotte à fleurs et des lunettes rondes.

Notre loup, à ce moment, entre à pas de loup, étirant sa longue langue rouge de soif. Son entrée m’a tout l’air théâtrale. Le décor est planté, le rideau est ouvert. Comédie de boulevard ou comedia dell arte ?

Dessin treize.

On se méfie toujours du treize, qu’on voudrait déjà être au dessin quatorze, mais c’est le treize qui m’importe à cette heure.

Les cloches sonnent. Loin de la forge, j’écris dehors, un jardin pour les grands enfants.

Notre mère-grand bien-aimée monte en courant les escaliers, si vite qu’elle en perd sa charlotte dans le vent. Un oiseau transparent au-dessus de sa tête l’emporte.

  • Et bien, mamie, quelle vitalité ! Quelle jeunesse retrouvée ! Qui t’a ainsi émoustillé ? Est-il convenable d’en parler, seulement entre nous, seulement, après un verre de vin partagé ? Aurait-elle vu le loup, mamie ?

Je vous laisse fabuler , tout ou presque.

Dessin quatorze.

Et déjà l’on regrette le précédent.

Il n’y a plus que le visage, le visage du loup qu’on voit en gros plan, la charlotte de mère-grand sur sa tête, la langue rose ravie d’un désir assouvi.

Dessin quinze.

En dessous du portrait de ce loup heureux, le médaillon du petit chaperon rouge aux yeux si doux, à genoux, le panier de galettes et de confitures tout près d’elle, un bouquet de fleurs dans sa main, posé sur son autre main un papillon jaune, le même qu’on devine sur son tablier blanc.

Lucie songe à ce loup solitaire croisé dans la forêt aux grands arbres.

Qu’est-il devenu ? S’est-il fait une amie, ou, peut-être mamie ?

Dessin seize.

Le petit chaperon rouge cogne à la porte jaune.

Un oiseau est sur le bord de son panier. Un autre vole à sa rencontre. Un autre se penche par-dessus le toit. Un autre est sur le toit, tout simplement, il est, posé.

A la droite de la porte, une boite à lettres verte.

Sous la boite à lettres verte, deux fleurs, une grande et une petite.

C’est simple, il n’y a rien de plus simple la vie. Qui la complique ?

Dessin dix-sept.

Notre petit chaperon rouge se penche pour parler à son ami le loup, lui murmurer quelque attention sans doute.

Sa jupe rayée est relevée de ce fait par cette action osée.

Ses deux mignons pompons rouges sont visibles, ostensiblement offerts.

Notre loup, retourné, feint de dormir, son museau sous la blancheur du drap.

Au-dessus, une représentation du grand-père, sans doute à la force de son âge, l’image est noircie volontairement.

Dessin dix-huit.

Le loup surgit, pattes brandies, le bout de sa ceinture jaune raidit telle une flûte enchantée.

Le panier est entre deux, figé.

  • O! Que c’est drôle! S’exclame Lucie, quel talent !
  • Je t’ai bien surpris ! Répond le loup, je t’ai joué la farce du gros méchant loup. Cette pièce mérite le « in ». La critique est unanime. Reste un mystère, la chaise à bascule noire, celle du père de ce récit ?

Dessin dix-neuf.

L’image est une place. La place d’un village. Un village désert.

Au milieu, une fontaine. Sur un trottoir, un réverbère. Des maisons avec des toits de chaume, des coeurs découpés sur les volets que je touche, et, et une église, au-moins une, et sur le clocher de l’église, les quatre directions, le nord, le sud, l’est, l’ouest, parce qu’il faut bien s’en aller quelque part, tout en haut de la cime de l’église, un coq.

Que fait-il ben donc ici ce coq hardi ?

Dessin vingt.

Vous avez mérité un verre.

Des arbres sont apparus dans le village. La lumière aussi à travers cette chaumière.

Traverse sur la grande place un gros monsieur, oui, un gros monsieur avec des lunettes rondes, une moustache, une barbe, un fusil, des bottes marrons sous ses guêtres blanches, un pantalon vert, une veste beige, et un écusson sur l’épaule, oui, un écusson jaune , rouge, et noir.

C’est le gros monsieur connu comme le loup blanc dans le village, le premier debout qui tire sur tout ce qui bouge.

Mais qui l’accoste? Une femme légèrement de profil, chaussons à carreaux, robe rose, châle à franges violet, serait-ce notre mère-grand l’aguichant ?

Gros-monsieur en est tout renversé d’amour, il me semble, ah l’amour, l’élixir des artistes!

Dessin vingt et un.

L’histoire dégénère.

Un pied sur le dos du loup, Gros-monsieur pose pour son trophée, une volute de plaisir s’échappant de son fusil brandi.

Notre loup est face contre terre, abasourdi.

  • Maintenant elle est à moi, la mamie, se dit le Gros-monsieur vainqueur. C’est l’instinct du mâle sur l’animal.

Dessin vint trois.

Petit chaperon rouge crie au loup dans les bras de mamie qui se justifie.

  • Je n’y suis pour rien mon petit. Les grands savent mais n’avouent rien aux petits de ce qu’ils savent des erreurs des grands.

Dessin final.

Thierry Rousse
Lieu de création « La vie de Bohême » , Broglie (Normandie), invité en résidence par Delfine Ferré, artiste plasticienne en juillet 2011
Relecture le 5 octobre 2024 à Nantes
Texte intégré au recueil « Une vie parmi des milliards »

Comment dire les mots

Une vie parmi des milliards

De la séparation

Ce qu’elle

Ce que tu ne ressentais plus pour lui

Ou peut-être

Ce qu’elle

Ce que tu n’avais jamais vraiment ressenti pour lui

Ou tout simplement la vie

Celle dont tu rêvais était ailleurs

Avec un autre que lui

Comment lui annoncer ton départ sans le blesser

Sans le percer

Sans le transpercer

Car au fond

D’elle

De toi

T’éprouvais de l’affection pour lui

Natalia en était là avec Simon

Chapitre six

“Rien n’est jamais écrit d’avance” (1)

Natalia

Dans ses réflexions

Dans ses confusions

Dans ses persuasions

Dans ses questions

Dans ses intuitions

Natalia

Lasse

Simon

T’allais t’endormir avec Natalia dans ta tête

Son point d’interrogation dans ton cœur

Comment dire les mots

Ou ne pas les dire

Juste les faire comprendre d’un signe

Ces mots qu’on signe

Peut-être d’un geste

D’un regard

D’un reproche

D’une envie

Juste l’envie d’être ailleurs

Natalia

Comment dire tes maux

Cette histoire qui te réveillait au milieu de ta nuit

Quand tu culpabilisais de le quitter

Quand t’avais pourtant besoin de ta liberté

Vivre pleinement ta vie

T’épanouir

Jouir librement

Ne pas avoir à dépendre de lui

Voler de tes propres ailes

Lui

Simon

Il avait su t’abriter au moment où t’en avais vraiment besoin

Être ton nid douillet rassurant

Trois mois écoulés

T’avais repris des forces

Tu pouvais t’envoler vers ta destinée

La grande ville qui te faisait rêver

Fuire cette province trop calme à ton goût

Où tu ne voyais aucun avenir

Aucun tremplin pour te réaliser

Qu’une routine où t’enfoncer

Une campagne où rien ne se passait

Qu’un vol d’hirondelles

Il resterait toujours pourtant lui

Dans ton cœur

Ton ami

Ton confident

Simon

Pouvait-il le comprendre

Sans se sentir abandonné

Sans se sentir trahi

Ou utilisé par toi

Natalia

Pouvait-il t’aimer jusque là et après

Pause autour d’une bière

Il est des êtres

Sur terre

A vocation

De passeurs migrateurs

Crois-tu qu’ils connaissent le bonheur

La joie d’offrir

Sans rien attendre en retour

Reprise du récit

Simon te répondrait-t-il dans l’heure

Ou

Se protègerait-il pour ne plus souffrir

Ne plus espérer être aimé

Comme on aime sa moitié

Simon

Natalia

Combien d’ils comme lui

Construisaient des murs

Pour oublier

Dans la routine

La femme tant aimée

Combien de Simon

Puisaient dans leur travail

Dans une détente planifiée

Un emploi du temps bien orchestré

Des lieux bien identifiés

Leur survie

On pouvait passer toute une vie seul

Au milieu des autres

N’être qu’une série de missions programmées

Naître

Vivre

Et mourir

Connaissais-tu toi les larmes des temps gelés

Simon espérait toujours

Voulait ramener la femme qu’il aimait vers lui

Natalia

Elle avait besoin de vivre simplement sa vie

Le comprenait-il

L’amour était-il appartenance

Ou

Délivrance

Comment dire les mots sans qu’ils blessent

Dire que c’est fini

Que t’as dit le mot de trop

Dire que c’est fini

Que tu n’as pas dit le mot qu’elle attendait

Peut-on tracer un trait définitif

Pour une histoire de mots

Effacer les effusions de tendresse au bord de l’eau

Les sourires et les rires

Les instants de complicité

Les étreintes fusionnelles sur un banc

New York avec toi

Comment dire les mots de la séparation

Comment dire les mots de la réconciliation

Comment dire

Comment te dire

Comment tout te dire

Natalia à Simon

Je suis loin de toi à présent

Le temps s’est écoulé

Je traverse l’océan

Quand toi t’es encore au bord d’une rivière

Quand toi t’es encore au bord d’une rivière

Simon

Fin du chapitre six

Thierry Rousse
Nantes, vendredi 4 octobre 2024
“Une vie parmi des milliards”
(1) “Rien n'est jamais écrit d'avance” Daniel Bercheux, éditions Maïa


C’est comment qu’on naît

Une vie parmi des milliards

C’est comment qu’on fait

T’as le mode d’emploi dis

Il est où

Passe-le moi

Comment on fait pour exister

Pour ne plus être transparent

Dans la foule des gens

Comment on fait

Dis

Cette fois-ci

Fais le premier pas

Si l’autre ne le fait pas

Prends ton courage à deux pieds

Ou à deux mains aujourd’hui

Fais le poirier pour te faire remarquer

A l’envers tu sais on voit les cimes

Bonjour l’hirondelle

Comment t’appelles-tu

Souviens-toi de sa réponse

Et réponds-lui

Moi c’est

Et puis

Trouve le p’tit mot

Pour introduire la discussion

J’ai bien aimé ce qu’tu disais

Quoi déjà

Quel mot tu t’souviens d’elle

Quel mot t’est rentré là dans ton cœur

T’a fait rire ou sourire ou pleurer

Peut-être réfléchir sous la pause

Quel mot d’elle t’a fait plaisir

Jubiler

Quel mot de ses ailes a percuté ta mémoire

Jusqu’à la faire frissonner

Et s’envoler

Voilà ce qu’tu peux lui dire

Ton trou noir percé d’étoiles

Le mode d’emploi au comptoir

C’est qu’la poésie

Ça n’se consomme pas

Ça s’partage

On se l’offre et on se l’a reçoit

La poésie

N’est pas une compétition

Juste une libération

Un marathon

Où l’écho se fait son défi

J’ai entendu l’autre fois

On parlait d’une coupe du monde

Un trophée de mots

Dis-moi

C’est quoi le monde

Une abstraction

Une extraction du vide

Plus t’es près de ton cœur

Plus les mots résonnent juste à l’intérieur

Jusqu’au Big Bang qui en parle

Même les étoiles scintillent pour toi

L’univers est ta caisse de résonance

La technique

Elle

Viendra

T’inquiète pas

A force de pédaler dans les pages

Les lignes verticales durcissent tes mollets

Et musclent ta voix

Faut qu’ça claque avec ta langue

Mais dis-toi

Qu’une technique sans l’coeur

Ce n’est rien qu’un no’man land

Qu’un plat de nouilles sans son beurre

Car faut avoir des nouilles et du beurre

Un soupçon de trouille pour laisser traverser des années de lumière

Des mots qui bafouillent

Ces mots balbutiés qui prouvent

Que t’es pas une intelligence artificielle

Que c’que tu leur racontes c’est ta vie

Même si tu t’la racontes

C’est au public qu’tu la livres

Dans ton miroir c’est lui que tu vois plus que toi

Et quand il sourit

Quand il t’applaudit

T’es en vie

Le reste on s’en bat les nouilles

Ton cœur c’est que du beurre doux

Et salé quand il est révolté

C’est trois minutes et sans musique

C’est la règle à Chicago

Mais la règle est faite pour être déréglée de l’autre côté de l’océan

Alors allume le son de tes radios pirates à Nantes

Chante et danse

La poésie court partout dans ses rues

Les mots sortiront comme ils veulent

Aucune cage ne les enfermera

Ils rencontrent et s’accouplent bien

Avec leurs désirs pour ne pas rester seuls

Et puis tant pis si on t’dit rien sur ton texte

S’il n’est pas dans les normes

Si tu repars dans l’obscurité de la nuit

Les poches trouées à chaque scène

Restent bien toutes ces étoiles

Qui scintillent pour toi

Sur les bords de la Loire

Égrenées une à une

Ton ultime espoir dans un reflet de lune

Pour écrire tu sais faut être humble

Accueillir plutôt que t’imposer

T’as juste à laisser les sons te parler

Ton cœur se vider

Surtout pas chercher la vérité

Juste ta sincérité

Et dis-toi

Demande-lui

Au comptoir

C’est comment qu’on naît

Thierry Rousse
Nantes, jeudi 3 octobre 2024
Une vie parmi des milliards”

Ils étaient deux sous la pluie

Une vie parmi des milliards

Ils étaient deux sous la pluie

Dans l’air ça pleuvait des missiles

Ils étaient deux sous la pluie

Alertes marchant sur un fil

Ils étaient deux sous la pluie

A eux deux deux fois vingt ans

Ils étaient deux sous la pluie

Dans leurs yeux la vie devant

Ils étaient deux sous la pluie

Dans l’air des éclairs de roquettes

Ils étaient deux sous la pluie

Leur chemin était une fête

Ils étaient deux sous la pluie

Elle chantait leurs corps dansaient

Ils étaient deux sous la pluie

Dans son cœur ravi il l’aimait

Ils étaient deux sous la pluie

Des reporters contaient la guerre

Ils étaient deux sous la pluie

Enjambant les trous de la terre

Ils étaient deux sous la pluie

La fis rire avec son nez rouge

Quatre avec un parapluie

Les gouttes d’eau devenaient rouges

Ils étaient deux sous la pluie

Plein d’enfants pleurant dans leurs bras

Ils étaient cent sous la pluie

Tous à s’accrocher à un mât

Ils étaient cent mille à y croire

A nager sur les débris du monde

Cent dix mille à chanter l’espoir

Qu’il est temps de changer de monde

Des millions sous la pluie

Des milliards d’arc-en-ciel

Elle et lui dans la nuit

Sous une lune de miel

Ils étaient deux sous la pluie

Dans l’air ça pleuvait des missiles

Ils étaient deux sous la…

Thierry Rousse
Nantes, mercredi 2 octobre 2024
"Une vie parmi des milliards"

Des nouvelles sous la pluie

Une vie parmi des milliards

C’est un homme

Qui discute

Avec sa bière Mélusine

Un vendredi soir

La nouvelle pourrait commencer ainsi

Sur une table du Lieu Unique

Qu’auraient-ils à se raconter tous deux

A la fin de leur journée

Mélusine si pressée

Lui si épuisé

Reste un p’tit temps

Juste pour la causette

Mélusine

Tant de gens se retrouvent ainsi

Chaque fin de journée

Faisons un peu comme eux

Donnons-nous cet air d’être heureux

D’accord Marcel

Alors

Raconte-moi ta journée

Comme ta dernière journée

Ma dernière journée Mélusine

Oui Marcel

Et bien Mélusine

Il a trop plu

Beaucoup trop plu

Aujourd’hui

Et je n’avais pas les bonnes chaussures

Tu sais

J’voulais mettre les jaunes de ToTTi ce matin

Pas ces tennis de randonnée trop usés

Ces tennis qui m’donnent cet air si pauvre

D’un errant vagabond

J’voulais attirer le soleil dans tes yeux

J’avais bien vu un coin d’ciel bleu par ma vitre embuée

Mais il n’a pas duré

Qu’un éclair entre nous

A la sortie d’un tramway

Toutes les larmes du ciel me sont tombées sur la tête

Trempé jusqu’aux pieds

Mouillés jusqu’au soir

Le déluge d’une dernière journée avec le vieux Noé

Rien d’autre Marcel

Si

J’oubliais Mélusine

Si j’oubliais Mélusine

Pardon Marcel

Rien Mélusine

Ou si

Mélusine

Attends qu’je me souvienne

Mes dernières journées sur la terre

Mon père

J’avais vu mon père

Alité

Il ne bougeait plus de ses journées

Mon père

J’aurais aimé lui faire voir la mer

C’est ce que je m’étais dit

J’emmènerais mon père voir la mer

Quand il arriverait ici

Tu sais

Ce p’tit bassin du Pouliguen

Où toi et maman m’accompagnaient

Quand j’n’étais qu’un enfant

Ce p’tit bassin

Où naviguaient

Plein d’p’tits bateaux de pirates

Papa

Sur l’eau

Où allaient-ils

Vers quels rêves

Dans leurs voiles

Qui les attendaient de l’autre côté

De l’autre côté de leur galère

Tu t’égares Marcel

Le temps me presse Mélusine

De t’raconter mes journées éphémères

Alors de quoi tu veux que j’t’parle

De mon ordinaire

Qu’il y a quelque chose dedans d’extraordinaire

Une nouvelle révolutionnaire

Qui fera qu’mon nom restera gravé dans tout l’univers

Une cour d’école

Sous l’vent et la pluie

Rien n’arrête les enfants

Des p’tits riens

Ils en font un grand jeu

Et ça court

Et ça s’attrape

Parfois

Souvent

Ça se fâche

Ça s’bagarre

Et ça pleure

T’es plus mon ami pour la vie

Et des bandes s’organisent

Des pour et des contre

Des coalitions

Des expulsions

Des appropriations

Et je suis là et j’observe

Et je surveille

Et j’interviens

Et bien qu’y-a-t-il

Ils m’expliquent

Chacun son tour sa version

Posons-nous la bonne question

Un instant de réflexion

Crois-tu qu’un coup de pied

Peut régler un croche-pied

D’accord

Je sais

Les enfants

Le monde depuis des générations va de travers

Et toutes ces guerres qui ne cessent

Ça reprend même au Liban

Dans tous ces règlements de compte des grands

Meurent beaucoup trop d’enfants innocents

Tout ce que vous voyez

A la télévision

Ce n’est pas le plus bel exemple de l’humanité

Alors

On va commencer ensemble

Vous et nous

A créer un nouveau monde

D’accord

Si on parlait de réconciliations

D’accord

Voilà

Mélusine

Une bonne partie d’mes journées

Et quand les directions des écoles

M’offrent d’autres missions

Je jardine avec les enfants

Je transmets aux enfants

Ma passion du théâtre

Et plein d’autres choses encore

Avec lesquelles les enfants grandiront peut-être

Regarde Mélusine

La pluie est déjà arc-en-ciel

Mélusine souriait exquise

Marcel l’avait-il conquise

Elle lui donnait rendez-vous dans trois jours

Marcel avait un sursis

Ce ne serait pas sa dernière journée

Deux nouvelles l’attendaient avant le paradis

Ce lundi Marcel raconterait à Mélusine

Son dernier week-end

Entre soleil et pluie

Là où il avait fini sa vie par des Fanfaronnades à Trentemoult

Une ultime escapade sur l’île des longs voyageurs un peu fous

On finit sa vie comme on veut ou comme on peut

Mélusine s’attendait à mieux

Je ne suis pas prêt

Avouait Marcel

J’ai pas rangé complètement mon appartement

Et y’a plein de désordre

Plein de cartons encore

Mes dernières années à trier

J’crois bien que mon cœur bat encore dans la rivière Mélusine

Et j’ai encore quelques projets et mon testament à écrire

D’accord Marcel

Je t’accorde un sursis

Encore quelques jours à vivre

Un répit

Marcel était aux anges

La nouvelle n’était pas finie au Lieu Unique

Ainsi était la vie

Marcel voulait la compléter de quelques mots

Des nouvelles sous la pluie

Inachevées

Thierry Rousse
Nantes, mardi 1er octobre 2024
« Une vie parmi des milliards »

PIM

Prologue

Hey une petite rose Pim

C’est pas grand chose

Et ça porte bonheur

C’est avec mon bon coeur

Moi Pim trois mois couché ici sur les quais froids

De la station Château d’eau

Pim il boit

Comme un châtelain qui a perdu son château

Pim là se noie dans le pinard des caniveaux

J’habitais pas loin pas très loin hier jadis

Un joyau de Collioure au creux d’un galet de sable

Petit bout de choux que j’étais à écouter la mer et ses violons

Coloré par ses yeux sculpté par ses mains bercé par ses voix

Quand sous un candélabre venait à mes pensées le songe d’être l’étoile fille de Luigi

Avant que la nouvelle guerre économique de retour en banlieue me démaquille

Laisse à mes rêves amers l’A.N.P.E. pour mère à qui raconter les gloires du passé de mon enfance inachevée

Quand se noircissait la crique d’un cirque engloutie par les capotes venues au soleil chercher autre chose qu’un bouquet de roses

Connectées d’internet et de techno planètes

Je restais là dans ma chambre seul devant ton miroir pénétré de son ombre jusque dans ma nuit

Les larmes d’un fatal destin coulaient de mon regard comme pour t’accompagner jusqu’au dernier phare de ton utopie

Enterré comme un indigent dans la fosse commune de l’océan

Non m’sieur dames Pim tend pas son coeur pour boire

Pim boit pour vous tendre son coeur rouge en déboire

S’donner un peu d’audace devant le public

C’est comme ça qu’il est devenu alcoolique

Touche l’enfer d’un S.O.S. qui tourne en rond

Où les cieux traversent un tunnel oblong

Ton regard se perd à l’horizon quelques larmes

Dans les débris de verre l’âme se désarme

Dis Pim y’a plus personne

C’est démodé tu sais de faire le pitre

Les gens préfèrent aller au cinéma en discothèque s’amuser quoi

1

Quoiqu’il arrive Pim est propre pas sentir

Pas laisser les cafarts l’habiter l’envahir

Me laver me peigner me brosser résister

Puiser l’eau dans le trou des W.C. m’évader

Quoiqu’il arrive Pim est humain veut sortir

Pas finir dans cette tombe respirer vivre

Grimper

De plus en plus hautes sont vos marches

De plus en plus urgent construire son arche

De plus en plus vital décrocher la lune

J’m’l’ai promis hier maintenant j’ai plus d’tune

De plus en plus cher gober une bouffée d’air

Dis y’en a plus assez pour soulager la terre

Enfin dans ce coin surgit au coeur de Pim

Un rayon du ciel

Comme une lune de miel

Ah c’est qu’on respire par ici

Eh poussez pas

Y’aura bien une miette sans voler

Hey m’sieur dames pourriez-vous pourriez-vous

M’indiquer mon mon chemin

Non j’suis pas fou

J’cherche ma direction

Hey p’tit pourrais-tu me dire où j’peux m’tirer ailleurs

Cesser d’tourner en rond pour un monde meilleur

Cesser d’cracher au fond pour payer mes erreurs

Hey p’tit pourrais-tu dessiner un brin de chaleur

Le long des baies un miroir scintillant de rêves

Sous les caresses des amants avoir la fève

Non p’tit écoute pas ta maman

J’suis pas un

Un méchant inconnu

Seulement mé … méconnu

Hep mademoiselle aux longs cheveux ondule l’eau

Pourriez-vous m’indiquer ô ma destinée

Non j’vous drague pas j’n’oserais vous abîmer

J’perçois dans vos yeux ma divinité

Un doigt pour me montrer où prendre un café chaud

Et un café un orangina un chocolat un thé

Les dés jetés

Un franc

J’retourne sur ma rive

Au-moins j’suis sous terre

Qu’une guerre n’arrive

Qui quoi que vous voulez mon identité

Appelez ma renommée la dévisagée

Privée d’essuie-glace pas d’place pour vos blasons

Vous suivre où en prison

C’est déjà ma maison

Cette rue a des yeux pour m’épier

Elle me colle toujours aux pieds

Et veut que j’y reste pour l’épouser

J’ai compris j’bouge plus j’suis piégié

Depuis qu’elle m’a taillé un rôle sur mesure

A la hauteur hautaine de sa démesure

C’est qu’j’en ai dans ma caboche de chanteur

J’ai des airs d’Paris plein ma valoche en couleurs

En veux-tu j’aurais pu d’venir monsieur Carré

Si j’étais moins rond que j’m’étais pas fait jeter

De l’école quand j’transformais les dictées

En poèmes rêvant d’amour et de beauté

Mais les pro n’ont plus l’temps d’écouter mes chansons

Noircissent des dossiers pour toucher leur pognon

Faut rentrer dans la case voler dans la cage

D’initiales habiller d’merci son plumage

J’suis plus un homme plus à moi qu’une étiquette

J’appartiens à ces rois qui font des recettes

Pour m’aider à plus sortir de leurs jeux d’échecs

Et me taire

Le regard cloué en

Prière

Pas d’panique j’mords pas

Pas d’ennui j’crie guère

Ma muselière c’est l’verglas de l’hiver

Le gros rouge au matin qui étouffe mon sang

Attire amuse horripile les gens

Quand y’a des jours j’me gratte en pendant au ciel

Non j’réfléchis pas pourquoi j’ai l’air fiel

C’est un poux qui pleurt que j’lui caresse la tête

Et qu’à cette heure j’lui adresse sa fête

Un p’tit peigne Pim

Un p’tit miroir

C’est pas grand chose

Mais ça change des idées noires

Et de un et de deux

Et de trois adieux

Et de cinq et de six

Et de sept mon joli

C’est un régiment le huitième rugissant

Une colonie la énième labourant

Le champ de mes pensées en de multiples enfants

Des fois que des allocs je touche cent dix francs

Toi mon mignon je te garde pour cette nuit

Dans mon clairon au fond me tenir compagnie

T’as pas l’air bien méchant petit poux petit rien

Te voilà atterri sur le sol des terriens

Hein il est dur le sol de la rue des mirages

J’y croyais aussi quand j’suis tombé à ton âge

De ma fenêtre de merveilleux paysages

Oh ça m’gratte quand j’pense aux drôles de nuages

Je m’accroche comme je peux à la planète

Dans l’univers à poursuivre ses pirouettes

Et te ressemble un peu petit poux petit rien

A me nourrir dans les poils griffant des terriens

Léger comme un voile prenant aucune place

Et pourtant qu’on chasse de sa main qui agace

J’te ressemble beaucoup petit poux petit être

Et maudis la terre qui au matin m’a fait naître

Pardon mon petit poux

Il t’a fait mal ce fou

Ecrasé dans sa main

Te disant à demain

Un refrain qui avait

Les couplets d’un « jamais »

Pardon ma liberté

Qu’on a tant piégée

Née d’un terroir sans mère

De tant avoir souffert

D’éclats de pleurs gelés

D’ébats d’amour brisé

Oh le p’tit poux est tombé

Un vétérinaire Pim

C’est pas grand chose

Mais ça peut le sauver

Quand y’a plus d’soleil qu’il est parti en vacances

Je devrais partir m’réchauffer en Colombie

Quand mes pieds se gèlent esquissent un pas dansent

Dans les bras d’un bal changer de pays d’envies

Et comme d’habitude en rond j’vais tourner

Comme d’habitude pour pas me les geler

Comme d’habitude la rue va m’piéger

Comme d’habitude je pourrai plus bouger

Comme d’habitude j’avais qu’à pas t’épouser

Putain je me les gèle et j’compte plus demain

Ma main qui se morcelle et sonde son chemin

Qui pourrait me soulager ma mort me réchauffer

Comme un cri dans la nuit au dehors etouffé

Un p’tit bol de soupe Pim

C’est pas grand chose

Mais ça réchauffe le corps

C’est l’heure de la soupe et du peuple des ombres

La chaleur des pauvres un brouillard d’idées sombres

Dans le brouillon des cités un jardin qui fume

De légumes artificiels contre nos rhumes

Nous sommes irrécupérables dans les sables

Mouvants nous roulons dans les fables sous les tables

Putain elle brûle la douce aux doigts de feu

Cette vache qui rit j’en voudrais bien un peu

De sa joie de vivre dans mon creux malheureux

Mon désir qui hurle un baiser chaleureux

O putain voilà qu’elle me quitte dans son bus

Derrière son carreau d’un léger rictus

Et une soupe, du pain, du pâté, deux mandarines, une « vache qui rit »

Oh une clope avachie s’est endormie

Sous mon pied transi redresse-toi tu vis

Viens entre mes doigts retrouver consistance

Réchauffée par ma voix revoir ton existence

Pardon m’dame vous auriez pas du feu s’il

Vous plaît ah pressée vous rejoignez votre île

Je comprends par ces temps par ces froids par la peur

On ne sait plus qui on croise quelle horreur

Dépêchez-vous j’crois qu’cette fois-ci c’est le luxe

Moi contre vous tous les deux une fois de plus

Comme tu es jolie dans ta robe si blanche

Ce soir si con chérie blotti entre tes hanches

J’t’allumerai pas tout de suite

J’te ferai languir

Au point de jouir

Effleurant ma bouche

Les bords de ta souche

Et tu ressentiras

Comme un fracas

La chaleur humide

D’un désir fluide

Quand mon soleil se couche et rentre chez lui

Descend ta lune fardée s’en va pour son long tour

Flâner au fond des quais l’amour aux alentours

D’un regard qui louche aux cils de minuit

Dans la ronde des astres elle pleure son homme

Le coeur en désastre d’une bête de somme

Quand mon soleil se couche et rentre chez lui

Le cinéma sur terre reluit

De celui qui dort dehors à embrasser

Les bracelets en or de sa bien-aimée

Quand celui qui veille sans toi va protéger

Les cordes de sa paye drôle de société

C’est là qu’j’ai adopté ma façon de respirer

Fleurir l’hiver d’chansons solitaires enchanter

Quand c’est l’heure de me coucher je dois m’enfuir

Echapper aux Bleus défendre mon avenir

J’n’irai pas dans vos fourgons

Je préfère ma prison

Mes quais bercés d’horizons

Que vos dortoirs sans cloison

C’est qu’j’ai mon intimité

Même que j’suis qu’pauvreté

J’ai jamais aimé l’armée

Mon amour est liberté

Oh un abri téléphonique voilà mon affaire

Pour parler avec le reste de l’univers

Allo y’a quelqu’un au numéro demandé

Ah bon c’est personne puis-je lui parler

Il n’est pas là c’est con il n’y a jamais personne

Que des fils glacés d’un silence qui résonne

Je vais sonner l’horloge à l’aube parlant

Qu’à sa voix je sursaute sorte du néant

C’est que je pourrais m’endormir dans ce glacis

M’assoupir et dire au revoir à la vie

C’a pas l’air mais c’est urgent vital de savoir

Que quelqu’un va t’appeler qu’il y a un espoir

Au-moins ça te donne une raison de vivre

Jusqu’au lendemain pour quelqu’un ou pour de rire

Un téléphone rose

C’est pas grand chose messieurs

Mais ça met du baume au coeur

Oh putain

Elle m’a pris la solitude

Jusqu’aux reins

Du vertige des habitudes

2

Oui j’ai composé pour être réveillé

Ah j’avais oublié j’étais dans mon passé

Merci de l’épousseter je vais m’bouger

M’dame me soulever me lever m’élever

M’envoler mais pour qui pour quoi

Il fait si froid dehors quand j’entends en cadence

Les grelots de la mort m’invitant à leur danse

Aux ailes alourdies du givre de l’absence

J’cherche en vain mon amie mes pieds n’ont plus confiance

Confiance dans le jour perdus dans l’univers

Des salles d’attente d’un amour de naguère

Ho hisse encore un effort faut bien changer

Chercher du boulot dit-elle se réinsérer

Bonjour numéro 10 444 XKZ 007

Quand il y aura un emploi on contactera votre numéro

Me dit une charmante mandarine

Tout en se pinçant très fort les narines

C’est que Référence numéro 10 444 XKZ 007 n’a pas le téléphone madame

Répondis-je de ma plus belle voix

Pour réveiller en elle son émoi

Si c’est comme ça on a peut-être quelque chose pour numéro 10 444 XKZ 007

Me dit-elle sortant de ses poubelles

Un contrat d’emploi durée mirabelle

Bien sûr que ça va Référence numéro 10 444 XKZ était légionnaire en arithmétique

Acceptais-je pour plaisanter

Je crois qu’elle a rigolé

Je repartais avec ma mission en poche

Fier de moi grandi reprenant ma sacoche

Tel un soldat s’en allant nourrir sa patrie

Sorti de ses boutons fleur au bout du fusil

Mon costume brillait faisait de moi un homme

Même à genoux pour ramasser quelques pommes

J’étais le quadrupède défendant sa peau

Dans les champs perdus criblés en sang du boulot

Entre les morceaux de bidoche de Rungis

Toute la journée pour un sou serrer des vis

Mais dans quel but m’exprimais-je au grand patron

Mais mais criait-il du haut de sa tour de verre

De toujours plus et de plus en plus vite en faire

Ou tu suis ou tu pars c’est ta mission

Des milliers de bras attendent comme toi

A leur tête c’est moi le Roi qui les reçois

Mon seul lit pour me reposer de ce combat

N’était qu’un abri de bus de rats et de chats

Je couvrais mes poumons des nouvelles du jour

Que le vent des nuits me joue un mauvais tour

Qu’au matin je me réveille comme un marbre

Sans ses feuilles déraciné seul comme un arbre

Là dans un tourbillon un rêve de dix francs

Me prit par les yeux sur les ailes du temps

Un billet de dix francs ça vole c’est rien

Mais à cette heure il était mon ailleurs

Dans un bar une odeur de femme en chaleur

J’ai monté mon désir dans le bus de nuit

Dégueulé dans le caniveau mon ennui

Dix francs l’oubli à ce prix-là tu le savoures

Remuer tes mots comme une lettre d’amour

Longtemps la petite dans le fond de la tasse

Et remonter le sucré jusqu’à la surface

Offrir mes lèvres à tes pensées pour les boire

Et voir l’océan plongé dans un café noir

Pardon garçon ah l’addition je dégustais

Doucement doucement ma vie je réchauffais

A chaque gorgée du regard un sein salue

Dame danse un cul dans le port des pas perdus

Où s’entrelacent les corps des rames fendues

Que j’écarte ta forêt en feu de mon jus

Pigalles princesse nue au coeur des étoiles

Scintille en mon coeur une larme sous son voile

Qui ne tombera pas qui ne tombera pas

Mon enfant tu es si loin de moi de papa

J’espère que tu vas bien que tu réussis

Moi je vais ni bien ni mal je vais fini

Je vais où mes jambes portent mon corps livide

Je vais où les marches s’enfoncent dans mes rides

Je vais où les portes s’ouvrent et se referment

En plaisirs stériles dans les W.C. des thermes

Caresser mon lifting pour tromper ma misère

Accomplir ma montée pieuse en plein hiver

Pour combien de temps de chutes et de cris

Et combien de sang d’heures et de nuits

A verser à pleurer seul dans mon ennui

Que de vagues souvenirs froids

Dans tes yeux éteints sans droit

Que de sapins artificiels

Brillant de pics crevant ton ciel

Quand des larmes coulent du toit

Brisées de solitude tu crois

Quand des bougies brûlent pour toi

En ces murs qui hurlent la joie

La colline est haute et les sentiers nombreux

Pour chanter et communier avec les cieux

A moins que ton blanc funiculaire te hisse

Jusqu’à ton Sacré-Coeur cueillir la fleur de Lys

Et me voici en songe tiré jusqu’à toi

Au-dessus des toits illuminé par la foi

Et voilà que dans cette jungle de la ville

Je m’étais découvert ici un doux asile

Mes anges mes démons pour vous ces quelques rimes

Oh pas très adroites flirtant avec les cimes

Celles que j’ai descendues des bancs de la vie

Au coeur des avalanches de mes élégies

Un Noël pour Pim

M’sieur dame

C’est pas grand chose

Et c’est à votre bon coeur

Epilogue

Qu’as-tu à me déshabiller ainsi de tes prunelles Nina

Quand tombent les farandoles multicolorent sur la piste déserte

Que le fard n’est plus là pour cacher ma misère

Tu attends un père qui te porte dans ses bras jusqu’au royaume d’un petit monde de princes et de fées

Mais sais-tu j’ai le crâne blanc et je boite

Mes numéros ne retiennent plus que les fauves affamés

J’ai dans la chair la cicatrice d’un amour déchiré balafré sur mes yeux aveuglés

Comme un funambule cabriole sur la corde effilochée du temps trébuche et s’accroche en suspens se balance au-dessus des précipices du néant

Sa tête perd l’équilibre dans un dernier pied de nez à la vie

Tu voudrais que mes jambes fassent le triple saut périlleux autour du globe transparent comme les grands trapézistes de l’univers

J’ai essayé par mes vers c’était pour te plaire

Mais mon avenir est déjà bien entamé par ce putain d’alcool en verre qui me découpe jusqu’aux lèvres de mon esprit

Je ne suis qu’un rôle de figuration noyé dans les masses alertes d’une société inerte

Tu es déçu je sais

Je ne suis pas le beau le fort le héros dont tu rêvais

Celui qui te protégerait des mauvais coups de la vie

Ecoute-moi ne me suis pas là où je vais

Ce n’est pas un monde pour les enfants

Garde tes rêves surtout

Ne laisse personne les approcher les voler

Va-t-en Nina

Faut que j’aille jusque là oui m’étendre là oui sous la rame oui la mer arrive oui je la vois comme autrefois un fracas en finir en finir en finir une bonne fois

Adieu

Thierry Rousse
Melun, décembre 1997
Texte du spectacle PIM mis en scène par l'auteur
Création Compagnie Le Fil de l'Aube


Numéro SACD : 96 646 – Date du dépôt : 2 janvier 1998

Dans l’port du Ripaillon

Une vie parmi des milliards

Y’avait plein de graffitis qui gagnaient ses murs

Ses lettres avec le temps s’étaient effacées

Sa cave c’était l’dernier abri des paumés

Des étoiles tombées victimes de l’usure

Celles au bout qui se droguaient pour voyager

T’avais pas vraiment envie d’t’y aventurer

De toute façon un jour tout serait vidé

De toute façon un jour tout serait rasé

Ici y’avait un projet immobilier

Ici un beau jour Paris déménagerait

Pour fuire tous ses démons qui le hantaient

Ici s’installerait l’monde des banquiers

Et peut-être qui sait un peu d’humanité

Et peut-être qui sait un peu d’fraternité

Ici y’avait bien un nouveau monde à faire

Ou tout simplement à être oui juste à être

De tout c’qu’on voulait de toi juste être toi-même

Qu’tu sois de tout ton être ton plus beau poème

Ici y’avait longtemps un vieux restaurant

Au bord d’la Sèvre où on aimait prendre son temps

Gourmands on suçait des cuisses de grenouilles

Ou on s’régalait tout simplement d’un plat d’nouilles

La vie gloutonne au bord de l’eau c’était la fête

Après l’chantier c’était là notre guinguette

Qui pensait d’entre nous un jour sa porte close

Qu’elle ouvrirait un soir pour ces rêves qu’on ose

Que les mots ici reviendraient un à un

Qu’on y chanterait ses espoirs des lendemains

Ses rêves ses coups de cafards ses désespoirs

Sa rage au coeur des fleurs d’étoiles dans le noir

Qu’on ferait s’élever les cris de la misère

Qu’la lune les entende dans tout l’univers

Ici y’avait bien un nouveau monde à faire

Ou tout simplement à être oui juste à être

De tout c’qu’on voulait de toi juste être toi-même

Qu’tu sois de tout ton être ton plus beau poème

Qu’ici grandisse un jardin et tous ses fruits

Qu’on les mange qu’on danse toute la nuit

Qu’on puisse se faire prince se vêtir

Dame et roi jouer aux cartes et puis rire

Qu’on rappe qu’on chante joue slame saltimbanque

Des billets de mots doux y’en a plein dans nos banques

Qu’on sème en nos vers un amour sans frontières

Dans toutes les langues trinquons levons nos verres

Qu’ici soit l’carrefour du monde un havre en paix

Un port où on se retrouve où sent bon l’muguet

Qu’à son comptoir on trinque à la joie d’être ici

Kabylie ou Colombie on y est aussi

Quand les mots du coeur clamés croisés nous relient

Partout des gouttes d’eau bat le coeur de la vie

Ici y’avait bien un nouveau monde à faire

Ou tout simplement à être oui juste à être

De tout c’qu’on voulait de toi juste être toi-même

Qu’tu sois de tout ton être ton plus beau poème

C’est par là il me semble y’a d’la lumière

Comme une chaumière goûtons à c’bon air

C’est le premier mercredi de chaque mois

Souviens-toi on était deux on était trois

Regarde aujourd’hui on a tenu le cap

Contre vents déferlants fait de nos handicaps

Une force on est maintenant une flottille

De jeunes de vieux tous genres on frétille

Ici-même Paris rencontre sa duchesse

Qui le comble de sourires et de tendresse

Ici-même p’t’être un jour on dira Raymonde

C’est là où nous allions refaire le monde

Au bout d’tous nos songes pêcher les mots perdus

Au fond d’sa cambuse aux étoiles suspendus

Ici y’avait bien un nouveau monde à faire

Ou tout simplement à être oui juste à être

De tout c’qu’on voulait de toi juste être toi-même

Qu’tu sois de tout ton être ton plus beau poème

Levons nos voiles pour notre plus beau voyage

Comme un oiseau ici dépose son bagage

Des brins de mots et d’paille à la cime d’un arbre

Ripaillons d’la gourmandise de nos palabres

Dans l’port du Ripaillon

Délaissons nos chaussons

Dans l’port du Ripaillon

Déployons nos chansons

Ici y’avait bien un nouveau monde à faire

Ou tout simplement à être oui juste à être

De tout c’qu’on voulait de toi juste être toi-même

Qu’tu sois de tout ton être ton plus beau poème

Thierry Rousse
Nantes, dimanche 29 septembre 2024
“Une vie parmi des milliards”

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Une vie parmi des milliards

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Ton frigo

Plus vraiment en état

Quelques carottes décomposées

Et dessous

Dessous

De drôles de légumes écrasés

Qu’tu reconnais même plus dans leur jus marinés

Au fond

Attends

Au fond

J’mets mes jumelles

J’te fais l’inventaire du célibataire

Olives dénoyautées à l’oriental

Oeufs de saumon sauvage

Et de lompe agglutinés

Tapenade en effervescence

Câpres c’est bien fini

Mayonnaise aussi

Le jaune a viré à l’ocre

Oeufs de poules élevées en plein air

Sont retournées sur leur terre

Voilà un peu l’frigo du célibataire

D’une vie ordinaire

En temps de guerres

C’est pas vraiment la joie

Mais c’est déjà fait

Grand Corps Malade est passé par là

Ses vers ont vidé tout ton frigo de mots

Faudra que tu trouves autre chose

Pour nourrir ta prose

Et la même question

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Ta table ronde et sa nappe provençale

Plus vraiment envie de manger

Seul face à toi-même

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Francine

La belle Francine

Ses affaires culturelles ont fait la belle

Te manque-t-elle vraiment

Tout son p’tit monde de Paris

Te regardait vraiment de haut

Jamais elle t’avait invité dans sa tour Eiffel

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Cette douche du ciel et son eau si chaude

Qui te fait tant de bien

Le cèdre de la Réunion

Les hauts plateaux qui te revigorent

Te voici tout beau

Parfumé

Presque un homme nouveau

Astiqué de la tête aux pieds

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Ton lit à deux places qui tend ses bras

A ton âme épuisée

Qui s’effondre

De tout son corps échoué

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Un thé noir au gingembre pour te redonner des forces

Un vieux journal du monde ou de l’humanité

Les nouvelles sont-elles bonnes

Fraîches ou avariées

Question vraiment inutile

Réponse vraiment stupide

On dirait l’frigo du célibataire

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Plein de livres pour oublier

Ou te rappeler la misère du monde

Ton ordinateur

Que tu limites à une heure

Quelques pensées vagabondes

Quelques mots parfois échangés

Sur les réseaux sociaux

Faut bien croiser tous nos cas spéciaux

T’as laissé tomber depuis longtemps

Les sites de rencontres d’apparence

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Ton toit de tuiles ou pas

C’est tellement précieux ton toit

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

Le bruit des voitures des bus des tramway et des trains

Les rires au dehors

Les cris au coeur de la nuit

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

L’ambiance feutrée d’une pizzéria

Tout au bas de ta fenêtre

Des groupes d’amis attablés

Et l’image d’un couple amoureux

Qui t’attend quand tu rentres chez toi

La lune silencieuse

Qui te murmure tout son amour

Quand s’effondrent les murs du jour

Sa tendre joue sur l’oreiller invisible

Douce et imprévisible

Qui t’attend

Quand tu rentres chez toi

Thierry Rousse
Vendredi 27 septembre 2024
« Une vie parmi des milliards »

Douze confidences de la lune

Une vie parmi des milliards

1

O mon Ami

L’heure est venue

De rassembler ton passé

Non

Pour entretenir ta nostalgie

Mais

Pour offrir toutes tes vies écoulées

Comme

Quelques graines utiles

Aux jardiniers de demain

2

O mon Ami

Pas après pas

Ralentis

Ce qu’il te reste à vivre

Pour allonger ce temps

Et l’approfondir

3

O mon Ami

Rassembler ton passé

Ne signifie pas

Nier ton présent

Ton présent continue d’exister en toi

Comme un arbre

Qui fleurit

Et porte encore

De nouveaux fruits

Sache juste l’aimer

Toujours

A l’infini

4

O mon Ami

Les mots

T’accompagneront

Jusqu’à leur dernier souffle

Ils te sont fidèles

5

O mon Ami

Un parfum de roses

Remplit ton cœur

Aujourd’hui

C’est moi ton amie la lune

A présent éternelle

6

O mon Ami

Tu me touches de ton regard

A tes yeux brûlants

Je ne suis que tendresse

Si proche de tes pensées

7

O mon Ami

Regarde ces enfants

Comme ils prennent soin de mon jardin

8

O mon Ami

Ce château

Que tu ne vois de tes yeux

N’est visible qu’avec ton cœur

9

O mon Ami

Dans ce château

Il est tous les enfants du monde

Réunis

10

O mon Ami

Dans trois ans

T’auras soixante ans

On te rangera dans la catégorie Sénior

Ceux qui ont amassé de l’or

Creusé des trésors

Ou vécu dehors

11

O mon Ami

Tu es sorti dehors

Pour me chercher en toi

12

O mon Ami

En toi

Tu as vu

L’univers

Thierry Rousse
Nantes, jeudi 26 septembre 2024
« Une vie parmi des milliards »

Qu’avons-nous raté

Une vie parmi des milliards

Tout ce monde qui part en vrille

Qui en oublie de se vêtir

Tout ce vaste monde en guenilles

Qui traîne ses vagues désirs

Un flot d’cabas qu’tu te coltines

Dans un tramway nommé routine

Que fais-tu donc de tout ton temps

Pour oublier d’être élégant

Et tout ce monde où va-t-il

Tout ce monde d’où vient-il

Tout ce monde si cabossé

D’ses origines exilé

Et tous ces gars-là qui attendent

Perdus sur l’trottoir qui marchandent

L’paradis contre ton enfer

Fabriquent leur propre enfer

Les passants passent taciturnes

Dealers font partie du bitume

A Commerce tu trouves de tout

Dépenser sans penser t’es saoul

S’il n’y avait pas de clients

Il n’y aurait pas de dealers

S’il n’y avait pas de dealers

Il n’y aurait pas de clients

C’est la vérité d’la Palisse

Marché libéral faut qu’ça glisse

On dit qu’c’est mieux d’les avoir

A vue ici au coeur d’la ville

Dans nos caméras nos tiroirs

Pour tirer l’fil c’est plus facile

Que jouer à chat et souris

Pour les dénicher dans leur nid

Qui ose ici s’interroger

Du passé qu’avons-nous raté

Quels maux les ont fait dériver

Échouer dans ce triste empire

Quand s’offrent tant à découvrir

De passions et de beautés

As-tu oublié qu’ils étaient

Aussi des enfants qui rêvaient

Aussi des enfants qui jouaient

Aux jeux que tu leur apprenais

A être gendarme ou bandit

Ça trace un chemin pour la vie

L’enfant doit choisir son côté

Adolescent quelle tempête

A déjà soufflé dans ta tête

C’qu’on t’a montré d’argent facile

C’qu’on t’a caché d’un jeu fragile

Tout ce monde qui part en vrille

Qui en oublie de se vêtir

Tout ce vaste monde en guenilles

Qui traîne ses vagues désirs

Un flot de mots qu’je me coltine

Dans un tramway nommé routine

Et si j’changeais le cours d’mon temps

Si j’étais à toi plus présent

Prends donc mon stylo

Écris tous tes maux

Slame ton ennui

Prends-toi un shoot de vie

Thierry Rousse
Nantes, mercredi 25 septembre 2024
« Une vie parmi des milliards »